Interview du Dr Muriel Benichou, chef du service Endocrinologie du Centre Hospitalier de Perpignan.

Vous lancez le 15 mars 2012 les premières Rencontres Privé/Public Médicales du Jeudi (RPPMJ). Qu'est-ce qui a motivé cette initiative ?

Muriel Benichou: Ce projet de Rencontres est né de pistes de réflexions issues de ma pratique médicale quotidienne. Le diabète et l'obésité sont des maladies chroniques d'origine multifactorielle, sources de complications micro et macroangiopathiques qui en constituent leur gravité et leur coût sanitaire.
 Autrement dit, la pratique du diabétologue est au carrefour de nombreuses spécialités - ophtalmologie, néphrologie, cardiologie, chirurgie vasculaire, infectiologie, psychiatrie, chirurgie viscérale ... Il me paraît donc indispensable d'offrir aux patients non seulement une prise en charge interprofessionnelle (médecin, diététicien, psychologue, podologue, assistante sociale, ...) mais aussi interdisciplinaire. Le service d'endocrinologie a contribué à la mise en œuvre de concertations entre les différentes spécialités hospitalières en s'efforçant de décloisonner les différentes approches, mais il est vrai, et c'est un écueil, que la médecine de ville a du mal à trouver sa place dans cet univers hospitalo-centré. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité remettre en question la pratique hospitalière du service en essayant de susciter une réflexion commune sur les actions concrètes à mettre en place pour donner une dimension transversale à cette interdisciplinarité.

La question de la coopération est un " classique " de la relation ville / hôpital. Comment en faire le cœur de votre pratique clinique ?

MB: Avec beaucoup d'énergie d'abord, de la disponibilité mais aussi des moyens de communication. L'objectif premier est d'optimiser la visibilité et l'accessibilité de l'offre de soins. Nous avons opté pour 3 outils :
> l'ouverture d'une ligne téléphonique dédiée (GSM) pour permettre un contact direct et facilité entre les médecins libéraux et un endocrinologue du service;
> la création d'un site web doté d'un espace réservé aux professionnels de santé;
> la production d'un film non pas promotionnel mais d'information sur le fonctionnement du service. Des portes ouvertes en image en somme.

Améliorer l'accessibilité, c'est aussi réduire les délais d'attente par la mise en place de consultations d'urgence qui permettent sur simple appel médical sur notre GSM d'avoir un RDV dans les 7 jours.

Enfin, permettre un dialogue direct entre les professionnels de santé du département est l'objectif des RPPMJ. Ce rendez-vous trimestriel se veut être un espace de discussion et d'échanges interdisciplinaires, autour de thèmes d'actualité, de recherche ou encore de cas cliniques ou de dossiers difficiles.

Bilans ophtalmologiques, rénaux et cardio-vasculaires, évaluation des traitements, projet éducatif personnalisé, atelier diététique ... le service endocrinologie que vous dirigez depuis 2007 offre aujourd'hui une palette complète de prise en charge des patients diabétiques. Quelles sont vos activités de référence ?

MB: Le service a été agréé par l'ARS Languedoc Roussillon pour son programme d'éducation thérapeutique. Il s'agit de programmes d'éducation thérapeutique personnalisés proposée en hospitalisation de semaine, avec un cahier des charges répondant aux recommandations HAS. Cette prise en charge s'appuie sur un entretien motivationnel du patient, la réalisation d'un diagnostic éducatif, et un programme personnalisé individuel et/ou de groupes dans le cadre des ateliers éducatifs proposés dans le service.
L' Unité de pied diabétique d'accès rapide permet la prise en charge dans les 48H d'un patient diabétique présentant une plaie de pied. Sur simple appel du médecin traitant ou de son infirmière libérale, le patient est reçu en consultation pour un bilan initial et un suivi de la plaie jusqu'à cicatrisation complète, en lien avec le médecin généraliste et le SSIAD. Une hospitalisation peut-être préconisée pour des cas compliqués.
La dernière étude ENTRED (2010) souligne qu'encore trop de diabétiques ne bénéficient pas de bilan annuel. Le service d'endocrinologie propose à ses patients suivis au CHP la réalisation de ce bilan (micro albuminurie, fond d'œil, écho doppler cervical et des membres, consultation cardiologique) en hospitalisation de jour. Ce bilan permet d'optimiser la prévention et le dépistage précoce des complications.
Centre initiateur de pompe à insuline depuis 2006, le service a une file active d'une centaine de patients. Une astreinte fonctionnelle 24H/24 permet de répondre aux éventuelles complications ou défaillances de la pompe à insuline.
Le service assure la pose de holter glycémique et de dispositif de mesure du glucose en continu à visée diagnostique sur quelques jours mais également thérapeutique sur plusieurs mois. Il s'agit de technologies de surveillance glycémique, sorte de GPS pour le patient, mesurant le glucose en temps réel et qui, à moyen terme, permettront, couplées à la pompe, de réaliser une boucle fermée, c'est à dire un véritable pancréas artificiel. Un premier patient a bénéficié récemment avec succès de la mise en place de ce pancréas artificiel dans le cadre d'un protocole de recherche à Montpellier. Le problème est celui du non remboursement de ce dispositif qui reste à la charge du patient en dehors des protocoles thérapeutiques. Notre service s'est porté candidat pour participer à l'étude observationnelle réalisée sous l'égide de l'HAS en vue du remboursement de ces dispositifs.

Des progrès très importants sont faits en recherche fondamentale, en particulier sur les cellules souches. Quelles sont leurs traductions pratiques cliniques pour les diabétologues ?

MB: 

Il est vrai que la diabétologie bénéficie des progrès de la recherche. Le diabète de type 1 est une pathologie qui se prête à la médecine régénératrice . Alternative ultime aux traitements des formes sévères du diabète, des greffes de cellules du pancréas (transplantation d'îlots de Langerhans) sont effectuées depuis les années 2000. Des effets durables sur plusieurs années sont observés en terme de sevrage complet en insuline. Cette greffe, impliquant la prise au long cours de traitement immunosuppresseur, est indiquée en dernier recours pour les formes de diabètes les plus instables et les plus difficiles à traiter. Les difficultés inhérentes au don d'organe (2 donneurs nécessaires pour 1 greffe) ont également poussé les chercheurs à se tourner vers la greffe de cellules souches embryonnaires et  l'auto greffe de cellules souches adultes du tissu osseux, techniques très prometteuses. Régulièrement, nous inviterons des experts à présenter les dernières avancées de la recherche en diabétologie dans le cadre des RPPMJ.