Vaccination chez le diabétique, référentiel 2020 selon la Société Francophone du Diabète (SFD) 1

Vaccination chez le diabétique, référentiel 2020 selon la Société Francophone du Diabète (SFD)

La vaccination contre la grippe démarre à Genève | Tribune de Genève

Parmi les actualités abordées lors du congrès de la SFD 2020, qui a eu lieu de façon virtuelle au début du mois de septembre, le référentiel de la vaccination chez le patient diabétique a été présenté. Celui-ci est le résultat d’un groupe de travail multidisciplinaire incluant la participation de diabétologues, pédiatres, gériatres, infectiologues, et pharmaciens.

- Pourquoi ce référentiel ?

Aucun texte officiel et spécifique à la vaccination du patient diabétique n’existait jusqu’à ce référentiel. Or nous savons, selon les différentes études menées dans ce domaine, qu’il existe une augmentation du risque infectieux chez les patients diabétique.

Nous savons également, que la couverture vaccinale dans cette population à risque reste insuffisante, du fait de l’existence de freins, médicaux, para médicaux et individuels à la vaccination.

Ce référentiel a été rédigé par le groupe de travail, après la réalisation d’une enquête auprès des patients diabétiques (3500 patients), leurs entourages et des membres de la SFD.

Les résultats de ces enquêtes ont confirmé la mauvaise couverture vaccinale. Pour les vaccins concernant la grippe et le tétanos, 70% des patients interrogés déclarent être à jour, en revanche pour les vaccinations contre le pneumocoque, le zona et hépatite B, seulement 20 à 30% des patients se déclarent couverts, bien en deçà des objectifs de couverture vaccinale recommandés par les autorités de santé.

- Vaccination contre la grippe :

o Intérêt : les données épidémiologiques révèlent une augmentation de la sévérité de la grippe au cours du diabète en termes de risque d’hospitalisation, de complication et de mortalité. Il a également été démontré que l’équilibre glycémique a un impact sur sa sévérité.

o Bénéfices : réduction significative de l’incidence de la grippe et de pneumonie en cas de vaccination, ainsi que de la mortalité toute cause confondue, y compris des événements cardio-vasculaires.

o Les données vaccinales en France confirme, là encore, une insuffisance vaccinale notamment chez les sujets les plus fragiles de plus de 65 ans.

o La vaccination anti grippale est réalisable par les infirmiers, les médecins, les pharmaciens, et les sages femmes.

Campagne de vaccination contre la grippe | Ville de Fourmies

- Vaccination anti-pneumococcique :

o Intérêt : augmentation du risque d’infections invasives à pneumocoque au cours du diabète. Impact majeur de l’association diabète-comorbidités dans le risque d’infection à pneumocoques. La encore, augmentation de la sévérité des infections à pneumocoques chez les diabétiques, avec un risque aggravé d’hospitalisation et de mortalité.

o Deux vaccins sont disponibles en France, le VPC 13 pour la primo-vaccination, puis le VPP23.

o Bénéfices : les bénéfices cliniques de ces deux vaccins ont été démontrés au cours du diabète lors d’études randomisées

- Vaccination contre le zona :

o Intérêt : l’augmentation du risque du zona au cours du diabète est connue

o Bénéfice clinique : démontré au cours du diabète, avec réduction de son incidence et des douleurs post-zostériennes chez le patient de plus de 60 ans

- Vaccination antitétanique :

o Intérêt : L’incidence du tétanos est plus élevée chez les personnes vivant avec un diabète, du fait des plaies chroniques, notamment au niveau des pieds.

o En revanche, il n’existe pas d’études spécifiques d’efficacité du vaccin antitétanique chez les sujets diabétiques.

o Le calendrier vaccinal est identique à celui des sujets non diabétiques, les recommandations en cas de plaies ont été réalisées par le Haut conseil de santé public avec un protocole précis à suivre.

- Vaccination contre l’hépatite B :

o Intérêt : Augmentation du risque de contamination de l’hépatite B et d’évolution vers la cirrhose en cas de diabète.

o Bénéfice sérologique de la vaccination démontré, y compris au cours du diabète

o La vaccination contre l’hépatite B n’est pas impliquée dans la survenue d’affections démyélinisantes comme la sclérose en plaque.

- Chez les enfants diabétiques :

o Le risque d’infection est plus faible en cas de bon équilibre glycémique.

o En cas d’infection le risque de déséquilibre glycémique est augmenté.

o Il existe une indication spécifique de vaccination antigrippale, dès l’âge de 6 mois, chez les enfants diabétiques très fragiles, pour les autres enfants diabétiques, le calendrier vaccinal habituel doit être suivi.

o Il n’existe pas de sur risque de maladies auto-immunes démontré après vaccination chez l’enfant ou adolescent atteint d’un diabète de type 1.

Calendrier vaccinal 2020

Pour conclure, l’analyse de cette base de données recommande la vaccination antigrippale, antipneumococcique et contre le zona après l’âge de 65 ans chez les patients diabétiques. Pour les autres patients diabétiques, il est préconisé de suivre le calendrier vaccinal.


Zoom sur le nouveau dispositif Freestyle Libre 2 (FSL 2) : quels bénéfices par rapport au Freestyle libre 1 (FSL 1) ? 2

Zoom sur le nouveau dispositif Freestyle Libre 2 (FSL 2) : quels bénéfices par rapport au Freestyle libre 1 (FSL 1) ?

Article écrit par le Dr Muriel BENICHOU d’après une communication du Dr Hélène HANAIRE (SFD 2020)

 

L’utilisation du Freestyle libre 1, remboursé en France depuis le 01 juin 2017, s’est très largement répandue avec une adhésion forte des patients diabétiques puisque l’on dénombre actuellement 270 000 utilisateurs en France. Ce remboursement reste actuellement limité aux patients diabétiques de type 1 et 2 (adultes et enfants à partir de 4 ans) sous pompe à insuline ou ayant au moins 3 injections d’insuline et réalisant une autosurveillance glycémique au moins 3 fois/j. Les études ont prouvé l’utilité du FSL chez ces patients à la fois en terme de baisse d’HbA1c, d’augmentation du temps passé dans la cible et de réduction du temps passé en hypoglycémie à condition de faire un nombre suffisant de scans (corrélation entre nombre de scans et baisse de l’HbA1c) d’où l’importance d’une formation et d’une éducation préalables à l’utilisation de ce dispositif.
L’évolution technologique du dispositif dans sa version FSL 2 s’accompagne d’une amélioration de ses performances et de la mise à disposition d’alarmes optionnelles contribuant à améliorer les résultats et à renforcer la sécurité et la confiance des patients.

 

--> FSL 2 : quels changements ?

Comme pour le FSL 1, le dispositif FSL 2 est constitué d’un capteur à changer tous les 14 jours, sans calibration et qui mesure chaque minute le taux de glucose interstitiel. Ce capteur est compatible avec les lecteurs FSL 1 à condition que ce dernier ait eté mis à jour mais sans accès aux alarmes optionnelles.

Par rapport au FSL 1, le FSL 2 amène 3 évolutions importantes :

1) Une précision améliorée : l’indice de la précision du capteur utilisé est le MARD qui mesure la moyenne des valeurs absolues des différences entre glycémie interstitielle et glycémie de référence. Ce MARD est amélioré chez l’adulte et l’enfant avec respectivement 9.2% et 9.7% contre 11.4% avec le FSL 1 . Et autre élément important, les études démontrent que cette précision est améliorée dès le 1er jour et y compris dans les valeurs basses de la glycémie.

2) Il existe une communication automatique entre capteur et lecteur d’où des données sortantes donc pas de nécessité de scans.

3) Il offre la possibilité d’activer des alarmes optionnelles : glucose élevé, glucose bas, perte du signal.

- Alarme glucose élevé : réglable entre 1,2 et 4g/l
- Alarme glucose bas : réglable entre 0 ,6 et 1g/l
- Alarme de perte de signal

Ces alarmes ne sont disponibles que sur le dispositif ayant activé le capteur en 1er (lecteur ou application FSL Librelink).

Les avantages et les inconvénients de ces alarmes optionnelles ont fait l’objet d’un consensus à partir des études disponibles dans la littérature.

--> Consensus sur les avantages et inconvénients des alarmes optionnelles du FSL 2

1) A quelle population les proposer en priorité ?

-Femmes enceintes
-Enfants
-Patients fragiles
-Hypoglycémies fréquentes et non ressenties
-Patients sous pompe à insuline (alarme hyper permettant de détecter une obstruction de cathéter par exemple).

 

2) Dans quelles situations ces alarmes sont-elles particulièrement recommandées et dans quelles autres sont-elles gênantes ?

-Recommandées : pratique du sport, conduite automobile, réunions de travail prolongées, passage d’examens, suivi nocturne

-Gênantes : certaines situations professionnelles, entretien important, vie amoureuse

 

3) Quels sont les impacts positifs et négatifs de ces alarmes ?

- Positifs : diminution des hypoglycémies, réassurance du patient et de son entourage, patient plus actif dans la gestion de sa maladie
- Négatifs : surcorrection, découragement, anxiété

4) Quels sont les avantages et inconvénients du caractère optionnel de ces alarmes ?

-Avantages : grande liberté et souplesse d’utilisation, patient acteur, diminution de l’anxiété et augmentation de l’adhésion du patient

-Inconvénients : oubli d’activation, désactivation systématique

5) Quels sont les avantages et inconvénients à ne plus scanner ?

-Avantages : ne plus perdre d’information quand les scans étaient trop peu fréquents et ne plus avoir de décision intempestive quand les patients se scannaient trop
-Inconvénient : perte de la démarche active du patient

--> Où en est-on en France concernant le remboursement de ce dispositif FSL 2 ?

Actuellement le FSL 2 est disponible sur internet mais n’est pas encore remboursé en France.
Cependant un dossier de remboursement a été déposé ce qui laisse espérer son remboursement au moins dans certaines indications dans les mois à venir.

A RETENIR

L’utilisation du FSL en France s’est très largement répandu aussi bien chez les diabétiques de type 2 que de type 1
L’évolution technologique du dispositif dans sa version FSL 2 s’accompagne d’une amélioration de ses performances. De plus la mise à disposition d’alarmes de seuil optionnelles pourrait contribuer à une amélioration des résultats et renforcer la sécurité et la confiance des patients
En France ce dispositif FSL  2 n’est pas encore remboursé mais un dossier de remboursement a été déposé laissant espérer son remboursement dans un avenir proche.


RUNNING ET DIABETE 3

RUNNING ET DIABETE

SERVICE ENDOCRINOLOGIE DU CENTRE HOSPITALIER DE PERPIGNAN
RUNNING ET DIABETE

Puis-je faire du running alors que je suis diabétique ? Pour de nombreux malades, la question peut se poser. Comment faire pour chausser des baskets et profiter des bienfaits du running quand on est atteint d'un diabète de type 1.
Le diabète de type 1 n'empêche pas de faire du sport, même de la course à pied qui puise pourtant beaucoup dans les réserves de sucre. Cependant, il est important d'y aller progressivement, d'être à l'écoute de son corps, de ses sensations et d'accepter de tâtonner dans un premier temps sur les doses d'insuline à s'administrer. Une période d'adaptation et quelques contraintes à gérer mais le jeu en vaut la chandelle !!!
JE DÉBUTE LA COURSE À PIED, QUE DOIS-JE FAIRE ?
La règle d'or est d'avancer de manière progressive. Faites de petites sorties au début, idéalement accompagnée. Adaptez vos doses d'insuline en accord avec votre médecin avant de partir. Ce sont vos entraînements qui vous permettront de connaître vos réactions et vos besoins en insuline et encas.
JE MANGE QUOI AVANT UNE SORTIE ?
La règle est la même que pour un pratiquant non diabétique. Pendant le sport, l'absorption intestinale est diminuée. Et plus vous courez une longue distance, moins cette absorption sera efficace durant la course. Il est conseillé de s'alimenter 2 ou 3 heures avant votre sortie et privilégier un repas de glucides complexes, comme des céréales, bananes, féculents…
DANS MON SAC, JE METS QUOI ?
Outre votre lecteur de glycémie, vous pouvez emporter une boisson sucrée, du sucre blanc ou des sachets de confiture, une banane, des barres aux céréales... S'il fait très froid et que vous effectuez des glycémies capillaires, prenez des chaufferettes pour vos bandelettes.
De la même manière, protégez vos bandelettes du soleil lors des grosses chaleurs. Prévoyez un peu d'eau pour vous nettoyer le doigt avant de faire un test. La sueur ainsi que les petites impuretés peuvent faire varier votre glycémie !!!
QUELLE DOSE D'INSULINE AVANT UNE COURSE ?
Votre médecin peut vous demander de baisser vos doses d'insuline avant une sortie mais également après.
L'activité sportive peut avoir une incidence sur la glycémie durant 24 heures. Pour une sortie de moins de 10 km à allure moyenne de 10 km/h, il peut-être conseillé de baisser en moyenne votre dose de 2/3.
Si vous partez pour une longue distance, type marathon, votre médecin peut vous recommandez de ne prendre qu'un dixième de vos doses habituelles. Si vous vous trouvez à moins de 1,2 g/l avant le départ d'une course, vous risquez de tomber en hypoglycémie. Faites également attention au stress car il provoque une hausse naturelle de votre glycémie. Si vous courez le soir, pensez à réduire votre insuline du soir au risque de faire une hypoglycémie la nuit.
Tout cela doit se faire en concertation avec votre endocrinologue
COMMENT RECONNAÎTRE UNE HYPOGLYCÉMIE LIÉE À MA COURSE ?
En course, il faut écouter les messages envoyés par son corps. Tout signe inhabituel, comme la déshydratation, une douleur musculaire, une fatigue soudaine, des paillettes devant les yeux, les jambes lourdes, une douleur à la poitrine, des maux de tête... doit être pris comme un signe potentiel d'hypoglycémie.
QUE FAIRE EN CAS D'HYPOGLYCÉMIE EN COURSE ?
S'arrêter ! Puis se resucrer en favorisant les prises sublinguales. On contourne ainsi le tube digestif et l'assimilation est immédiate à travers la muqueuse sublinguale (richement vascularisée et permettant un passage sanguin très rapide). Prenez par exemple une dosette de confiture et placez-la sous votre langue. Laissez fondre puis prenez ensuite une boisson sucrée à doser en fonction de votre taux de glycémie. Puis reprenez votre course uniquement si vous vous sentez mieux.
ENFIN DE COURSE, J'AI UNE GLYCÉMIE ÉLEVÉE, EST-CE NORMAL ?
Oui. D'une manière générale, il faut être attentif à sa glycémie après l'effort. Il est possible que vous vous sentiez en hypoglycémie alors que votre lecteur affiche un taux élevé. Vous pouvez être simplement en déshydratation, ce qui augmente artificiellement les résultats des lecteurs de glycémie. À noter également, l'effort suscite une sécrétion d'hormones de vigilance (adrénaline par exemple) qui s'avère hyperglycémiante.
PUIS-JE COURIR DE LONGUES DISTANCES ?
De nombreux diabétiques insulinodépendants pratiquent des sports de haut niveau. C'est le cas notamment de l'équipe de cyclistes américaine Novo Nordisk composée de 6 coureurs diabétiques de type 1, Alizée Agier, karatéka multi-médaillée, Nacho Fernandez joueur de football du real madrid, Bobby Clarke célèbre meneur des Broad Street Bullies, une des équipes les plus célèbres de l’histoire du hockey…
Il est donc possible de courir de longues distances mais à l'instar de tout runner, il faut adapter ses courses en fonction de son niveau.
Votre expérience sportive vous permettra peu à peu de connaître vos adaptations personnelles de doses et d'efforts possibles.
L'émergence des lecteurs de glycémie connectés
En pleine course, il est souvent difficile de contrôler sa glycémie puisque cela impose de s'arrêter. Forts de ce constat, certains industriels ont lancé sur le marché des lecteurs de glycémie en continu connectés en Bluetooth. Placés en sous-cutané, ces capteurs qui ressemblent à de petits patchs transmettent directement le taux de glycémie en continu via une application dédiée sur votre téléphone.

A la question : « sport et diabète sont-ils compatibles ? », les pratiquants de course à pieds répondent avec un grand « oui ».

Certains exemples valent parfois mieux que de longs discours. A 45 ans et diabétique de « type1 » depuis l’âge de 6ans, Jérome Trublet (entraîneur dans son club d’athlétisme de Seine-et-Marne, président de l’Union Sport & Diabète (USD) dont la vocation est d’encourager les personnes diabétiques à pratiquer une activité physique régulière) marathonien et diabétique de type 1 est ce qu’on appelle un coureur à pied assidu. Il lui est arrivé de s’entrainer six fois par semaine avec parfois deux séances par jour. Il a déjà couru un marathon en 3h28 (à Paris en 2010). Ses proches ont donc l’habitude de le voir runnings aux pieds mais ce n’est pas le seul accessoire qui fait partie du quotidien de cet infirmier. L’autre, c’est sa pompe à insuline.
Pour réguler leur glycémie, les diabétiques dits « insulino-dépendants » s’injectent de l’insuline, soit via une pompe, soit via des multi-injections et contrôlent au quotidien leur glycémie, au minimum trois à quatre fois par jour. Pour certains, c’est plus : six à sept fois, et même en courant.
Jérôme Trublet clame aujourd’hui haut et fort : « On peut vivre normalement. Le diabète, c’est ma force », mais il a bien conscience que tous les diabétiques ne vivent pas leur maladie de la même manière. Et que certains n’osent pas surmonter certaines barrières.
« On a souvent tendance à surprotéger les diabétiques, notamment les enfants, renchérit le docteur Karim Belaid, médecin du sport et coordonateur d’un réseau diabète dans l’Aisne. Pour empêcher tout risque de situation critique d’hypoglycémie, les parents comme le monde sportif préfèrent ne pas prendre de risques. Mais on a aujourd’hui les connaissances suffisantes pour gérer le diabète en situation de sport ».
Bien sûr, cela ne fait pas sans vigilance. Pendant la pratique sportive, l’organisme brûle des glucides, d’où la nécessité de contrôler le taux de sucre dans le sang avant, pendant et même après l’effort. Objectif : éviter l’hypoglycémie principal risque encouru par un diabétique lors d’une activité sportive. La glycémie « peut baisser très fort, et l’hypo est plus fréquente chez ces patients », explique le Dr Belaid.
Les bénéfices du sport sont multiples. « Pour les diabétiques de type 1, au-delà des bienfaits classiques du sport – qui sont les mêmes que pour l’ensemble de la population – il y a surtout un intérêt au niveau de la motivation : le sport peut augmenter l’envie de se suivre, de se gérer correctement. Et offrir aux patients une meilleure image d’eux-mêmes », explique le Dr Karim Belaid.
Pour les diabétiques de type 2, la sédentarité et le surpoids étant souvent des facteurs favorisants de leur pathologie, les bienfaits de l’activité physique sont encore plus flagrants : amélioration de la circulation sanguine, baisse de la tension artérielle, augmentation du bon cholestérol... « Je participe souvent à des randonnées avec des personnes diabétiques de type 2, confie le Dr Belaid. On mesure leur glycémie avant et après l’effort. Pour un taux à 2g avant, on peut atteindre 1.2 g après une heure et demi de marche, même à une allure très modérée (4,5 km/h). Et ce n’est rien d’autre que l’activité physique qui a provoqué cette baisse de la glycémie ».
Il est intéressant d’insister sur le cercle vertueux que peut déclencher l’activité physique: « Les patients qui se mettent au sport associent souvent une démarche diététique, font attention à leur alimentation et perdent du poids ».
« Bougez ! » Voilà donc le message adressé par l’Union Sports et Diabète. Sans oublier, évidemment, d’insister sur la prévention : « L’activité physique empêche le diabète de type 2 d’apparaître trop tôt », rappelle le Dr Belaid. Le mariage entre sport et diabète est donc d’autant plus efficace qu’il est mis en place chez des personnes jeunes et en bonne santé. Surtout en présence d’antécédents familiaux…
Sources :
. Association Union Sports et diabète
. Armand Tomaszewski, médecin du sport, diabétologue et cardiologue. Ancien médecin à la Fédération française d'athlétisme département marathon et ultra-marathon de 2003 à 2010 https://www.topsante.com/medecine/maladies-chroniques/diabete/diabete-et-running-mode-d-emplio-610039
. https://www.lepape-info.com/sante/diabete-et-course-a-pied-un-mariage-heureux/


Comment parler de son diabète aux enfants ? 4

Comment parler de son diabète aux enfants ?

Aujourd’hui, dans le monde 1 personne sur  11 est  diabétique  dont 4,5 millions de personnes en France.  Toutes les tranches d’âge sont concernées que l’on soit soi-même diabétique ou proche d’un diabétique. Malheureusement, de nombreux enfants vivent  au quotidien avec un proche diabétique et il n’est  pas toujours facile de trouver les mots justes pour leur expliquer ce qu’est le diabète sans les inquiéter mais sans non plus, en minimiser les risques.

1/ Les tout-petits

« Dis-Mamie, pourquoi tu te pique le doigt ?  demande Jules en regardant avec inquiétude sa grand-mère prendre sa glycémie.

Justine, la maman de Jules se mord la lèvre bien embarrassée. Son petit garçon vient de fêter  ses  4 ans  et bien qu’il ne soit plus un bébé,  il est encore bien jeune pour comprendre des mots comme diabète, hypo-glycémie ou insuline.

Grand-mère Yolande fait semblant de ne pas entendre et demande au petit garçon d’aller se laver les mains.

Une scène ordinaire dans une vie ordinaire.

Comme Grand-mère Yolande,  Il peut vous sembler plus simple de faire la sourde-oreille  plutôt que répondre aux questions des tout-petits par désir de les protéger.

Cependant, face aux non-dits, les tout petits risquent de développer de l’anxiété qui peut se manifester par des cauchemars, des caprices, de l’agitation où même de la régression (l’enfant fait pipi au lit alors qu’il était propre).

Alors, comment leur parler ?

  • D’abord choisir le bon moment, où vous serez entièrement disponible.
  • Utiliser des mots simples adaptés à son âge et à son niveau de compréhension (remplacez par exemple le mot glucose par le mot sucre).
  • Il est possible d’expliquer à l’enfant que le corps a besoin de sucre (que l’on trouve dans les aliments) pour fonctionner comme une voiture a besoin d’essence pour rouler,
  • L’organe qui doit réguler cette quantité de sucre ne fonctionne plus ou peu et  la personne doit réfléchir à la place de cet organe qui ne fait plus son travail…Pour savoir si la dose de sucre est bonne , elle doit se piquer le bout du doigt, si le sucre est trop haut, elle se fait une piqure d’insuline et si le sucre est trop bas, elle doit en manger.
  • Montrez-vous rassurante,
  • N’hésitez pas à vous servir de livres pour enfants adaptés à son âge pour vous aider, à de petites vidéos pour enfants sur internet.
  • Posez des limites claires : l’enfant ne doit pas toucher aux médicaments pour jouer.
  • Laissez –leur du temps, chaque enfant est différent et chacun réagira différemment dans une même fratrie.
  • Montrez-vous à l’écoute et surtout expliquez-lui que vous serez toujours là pour répondre à ses questions

 2/ les 6-12 ans

Théo  8 ans se penche sur sa Maman qui s’est endormie sur la banquette. Elle est toute pâle et une fine pellicule de sueur recouvre son front.

«  Maman ? » s’étonne le jeune garçon en lui secouant le bras.

La jeune  femme ouvre les yeux et se redresse  péniblement. Sans un mot, l’enfant  court à la cuisine. Ce n’est pas la première fois que sa mère se retrouve dans cet état de faiblesse  et Théo sait ce qu’il doit faire. Il verse un grand verre de jus d’orange  qu’il apporte dans le salon.

« Merci mon grand »  murmure  la maman  en passant son free Style  sur son bras.

Dans cet exemple, on peut se rendre compte que Théo a reçu des renseignements simples mais pratiques qui lui permet d’affronter dans le plus grand calme l’hypoglycémie de sa maman.

Il est essentiel pour votre sécurité mais également pour la leur,  de leur apporter un maximum d’éléments à leur portée pour qu’ils puissent répondre aux situations d’urgences sans angoisse.

Quelques idées…

    • Lui apprendre à reconnaître les signes de l’hypoglycémie (pâleur, sueur, tremblements, fatigue, somnolence, vertiges, troubles de la parole, perte de connaissance…)
    • Lui expliquer la conduite à tenir en cas d’hypoglycémie :
    • Donner du sucre à la personne
    • S’il s’agit d’une pompe sous-cutanée, lui expliquer qu’il est possible d’arracher la pompe ou de déconnecter le cathéter si la personne est inconsciente.
    • Lui montrer où se trouve le Glucagon et lui apprendre à l’injecter.
    • Mettre à la portée de l’enfant les numéros à appeler en cas d’urgence.
    • Apprenez-lui l’adresse de la maison
    • Pensez à lui montrer comment fonctionne votre téléphone fixe ou portable.
    • N’hésitez pas à mettre en scène sous forme de jeu les différentes situations d’urgence

En conclusion, il est donc important de communiquer avec  les  enfants sur  la maladie et sa prise en charge  afin de dédramatiser le vécu de la situation.  Il ne faut pas hésiter à répondre à leurs questions s’ils en ont sans pour autant les surcharger d’information. Il faut également ne pas hésiter à leur apprendre les gestes d’urgence sous forme de jeu pour qu’ils soient moins angoissés si la situation se présente un jour.


Les édulcorants, dernières mises à jour scientifiques 5

Les édulcorants, dernières mises à jour scientifiques

Dr Radaoui Amina
Analyse et résumé de l’article « Edulcorants : du plus ou du moins ? » de Marc FANTINO, paru dans la revue Correspondances en Métabolisme Hormones Diabète et Nutrition.

 

 

Les édulcorants font toujours autant l’objet de discussion en nutrition humaine, ils suscitent doutes et inquiétudes sur leur utilité et leur sécurité. A travers ce résumé d’article, nous allons évoquer les données récemment établies concernant la sécurité sanitaire et les effets des édulcorants intenses, qui ont fait l’objet de récentes méta-analyses et d’une conférence de consensus.

L’utilisation d’une douzaine d’édulcorants intenses est actuellement autorisée dans l’Union Européenne. Ces édulcorants sont des ingrédients peu ou non caloriques qui procurent aux aliments et boissons une saveur sucrée, sans apport énergétique significatif. Le remplacement du sucre calorique par les édulcorants est un sujet d’actualité qui intéresse le grand public et les médias. Malheureusement de vives interrogations sont parfois véhiculées suscitant une peur chez les consommateurs non fondée scientifiquement. Au vu de l’ampleur du phénomène, les autorités de sécurité sanitaire internationales, dont l’OMS (organisation mondiale de la santé), se sont emparées du sujet pour discerner le vrai du faux en s’appuyant sur des données scientifiques crédibles. En novembre 2018, une conférence de consensus a réuni à Londres, 17 experts internationaux pour réaliser ce travail.

Tout d’abord il est important de souligner, qu’aucune agence sanitaire dans le monde, quel que soit le pays concerné (France, Europe, Angleterre, Etats-unis, Canada…) n’a émis une quelconque réserve, concernant les risques toxicologiques, carcinogènes ou génotoxiques des édulcorants autorisés dans le respect de leur dose journalière admissible (DJA), en sachant que la quantité d’édulcorant consommé au quotidien est généralement très inférieur à la DJA.

Concernant la prise alimentaire et la réduction de l’apport calorique, les études ont mis en évidence un bénéfice simplement à court terme avec une réduction moyenne de 250 kcal/j chez les consommateurs d’édulcorants. Mais cet effet ne semble pas durable. Il est donc simplement confirmé que les édulcorants ne sont pas des substances anorexigènes.

Concernant la régulation pondérale, les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre. La méta-analyse de Rogers et al., portant sur 12 études sélectionnées d’après des critères de qualité, met en évidence un indice de masse corporelle (IMC) moyen non modifié ou légèrement inférieur avec les édulcorants. Contrairement aux études épidémiologiques qui apportent peu de preuves permettant un meilleur contrôle pondéral avec les édulcorants, les études randomisées d’interventions et toutes les méta-analyses récentes rapportent que le remplacement des sucres caloriques par des édulcorants permet une baisse de poids ou une diminution de l’amplitude du gain sur le moyen ou le long terme. Certes cet effet positif sur le contrôle pondéral reste modeste, mais il est également confirmé par la conférence de consensus de Londres. Celle-ci a reconnu que « le remplacement des sucres par des édulcorants pour diminuer la densité énergétique des aliments et des boissons réduit l’apport énergétique net et aide à la gestion du poids ».

Concernant le diabète et le risque cardiovasculaire, les études épidémiologiques s’accordent à confirmer que l’usage des édulcorants est associé à une moindre consommation de sucre et qu’il n’a aucun effet négatif sur la glycémie ou d’autres facteurs de risque cardiovasculaires (cholestérol, triglycéride…). La conférence de consensus londonienne a également émis les mêmes conclusions, elle souligne que les édulcorants ont un intérêt dans la prise en charge nutritionnelle du diabète, parce qu’ils réduisent les apports de sucres.

En conclusion, il ressort de l’ensemble des travaux disponibles que les édulcorants intenses autorisés, dans les conditions d’emploi officiellement prescrites, ont un intérêt en nutrition humaine, certes modeste, mais significatif, pour une meilleure gestion du poids, du diabète et sans aucun des effets délétères dont ils sont suspectés.


LES DIFFÉRENTS TYPES DE DIABÈTE 6

LES DIFFÉRENTS TYPES DE DIABÈTE

mis en ligne par le Dr Céline Eid d’après la publication de l’OMS sur la Classification des diabètes sucrés (2019) et d’après la communication du Pr José TIMSIT aux Journées Guéritée (novembre 2019)

Le diabète est une maladie chronique qui survient lorsque le pancréas ne produit pas assez d'insuline ou lorsque l'organisme n'est pas capable d'utiliser efficacement l'insuline qu'il produit. Il en résulte une augmentation du taux de glucose dans le sang ou hyperglycémie.

Le diabète est défini par :
- une glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,26 g/L (7 mmol/L)
- ou une glycémie 2 heures après charge orale en glucose supérieure ou égale à 2 g/L (11,1 mmol/L)
- ou une glycémie supérieure à 2 g/l à n’importe quel moment de journée en présence de symptômes d’hyperglycémie

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a révisé en juin 2019 la classification des diabètes, distinguant ainsi les formes « hybrides » et les formes « non classées » qui n’existaient pas dans la précédente classification de 1999.

On distingue ainsi les types de diabètes suivants :

DIABÈTE DE TYPE 1

Le diabète de type 1, qui concerne 5 à 10 % des patients diabétiques, est défini par un déficit quasi-complet de la sécrétion en insuline (= insulinopénie) lié à une destruction des cellules bêta pancréatiques médiée, la plupart du temps, par le système immunitaire. Il se caractérise par la présence de marqueurs d’auto-immunité anti- cellules bêta (anticorps anti GAD, anti insuline, anti IA-2, anti ZnT8 dosables dans le sang).

Classiquement, le diabète de type 1 se révèle chez un enfant ou adulte jeune, mince, et se manifeste par la survenue d’une diurèse abondante, liée à l’hyperglycémie, associée à une soif excessive avec augmentation des apports liquidiens ; c’est le syndrome polyuro-polydipsique. Il s’y associe un amaigrissement voire une acido-cétose diabétique en rapport avec une carence profonde de la sécrétion en insuline.

En pratique, tous les tableaux cliniques peuvent être révélateurs d’un diabète de type 1, de l’acido-cétose sévère au simple dépistage d’une hyperglycémie modérée en passant par le diabète diagnostiqué au cours de la grossesse.

DIABÈTE DE TYPE 2

Le diabète de type 2, dont l’incidence est en augmentation, représente 90 % des cas de diabètes. Il résulte d’anomalies quantitatives et qualitatives de la sécrétion en insuline qui devient insuffisante pour compenser une insulinorésistance. Il est favorisé par des facteurs environnementaux et génétiques ; il s’agit d’un diabète polygénique, c’est-à-dire que plusieurs gènes sont impliqués. Il est souvent la conséquence d'un surpoids ou d’une obésité associés à une activité physique insuffisante.

LES FORMES HYBRIDES DE DIABETE

1) Le diabète auto-immun de développement lent

appelé anciennement LADA pour « Latent Autoimmune Diabetes in Adults » ou Diabète de type 1 lent.
Il se distingue du diabète de type 1 « classique » par une progression plus lente vers la destruction des cellules bêta pancréatiques. Son mode de révélation diffère de la carence insulinique aiguë et peut laisser croire à un diabète de type 2 mais, contrairement à celui-ci, il évolue plus rapidement vers un traitement insulinique et est associé à la présence de marqueurs d’auto-immunité.

2) Diabète de type 2 cétosique

Il se caractérise par des épisodes de cétose chez un patient présentant des symptômes d’hyperglycémie et de carence insulinique, mais, contrairement au diabète de type 1, le système immunitaire n’est pas impliqué. L’évolution ultérieure est semblable à celle du diabète de type 2, les patients pouvant se passer d’insuline une fois la phase aiguë jugulée.
Cette forme de diabète est majoritairement observée dans les populations africaines sub-sahariennes et afro-américaines (diabète africain).

LES AUTRES TYPES DE DIABÈTE

1) Les diabètes monogéniques

Les diabètes monogéniques ont été initialement décrits, sous le terme de MODY (Maturity-Onset Diabetes of the Young), comme une forme de diabète non cétosique, non insulino-dépendant, survenant avant l’âge de 25 ans et de transmission autosomique dominante, touchant plusieurs générations successives, suggérant l’anomalie moléculaire d’un gène unique. Les diabètes monogéniques peuvent se révéler en période néo-natale ou dans la petite enfance mais peuvent également être diagnostiqués à l’adolescence ou l’âge adulte. Le diabète peut s’associer à d’autres symptômes dans le cadre de formes syndromiques.
Chez l’enfant et l’adulte, des études de population ont montré que les diabètes monogéniques concernaient au moins 1 à 2 % de l’ensemble des diabètes.

2) Autres causes de diabète

- Les atteintes pancréatiques telles qu’un traumatisme, une chirurgie, une tumeur, une inflammation aiguë ou chronique du pancréas (pancréatite)…

- Les désordres endocriniens avec sécrétion excessive d’hormones antagonistes de l’insuline (hyperthyroïdie, hypercorticisme, acromégalie, phéochromocytome, glucagonome…)

- Les causes iatrogènes : médicaments ou substances chimiques qui altèrent la sécrétion ou l’action de l’insuline (cortisone par exemple) ou qui détruisent les cellules bêta pancréatiques

- Certaines infections virales associées à une destruction des cellules bêta

- Les formes spécifiques de diabète associées à des pathologies immunitaires rares

- Les autres anomalies chromosomiques ou génétiques associées au diabète (trisomie 21…)

LES FORMES NON CLASSÉES

Cette catégorie ne doit être utilisée que temporairement lorsqu’il n’est pas possible de classer le diabète notamment au moment du diagnostic.

HYPERGLYCÉMIE DIAGNOSTIQUÉE DURANT LA GROSSESSE

1) Diabète gestationnel

Le diabète gestationnel se caractérise par la survenue, au cours de la grossesse, d’une hyperglycémie au-dessus des valeurs normales de grossesse mais à des valeurs inférieures à celles conduisant à poser le diagnostic de diabète de type 1 ou de type 2.

Il est défini par les critères OMS de 2013, c’est à dire par :
- une glycémie à jeun supérieure ou égale à 0,92 g/L (mais inférieure à 1,26 g/L)
- ou une glycémie une heure après une charge orale de 75 g de glucose supérieure ou égale à 1,80 g/L
- ou une glycémie deux heures après charge orale en glucose supérieure ou égale à 1,53 g/L.

Le diabète gestationnel est généralement diagnostiqué sur le dépistage des femmes à risque et nécessite une prise en charge adaptée en raison du risque accru de complications materno-fœtales et néonatales en cas d’hyperglycémie.

2) Diabètes diagnostiqués au cours de la grossesse

Si la glycémie à jeun est d’emblée supérieure à 1,26 g/L ou si la glycémie 2 heures après charge orale de glucose dépasse les 2 g/L, il s’agit en général d’un diabète de type 1 ou de type 2 méconnu ou se révélant en cours de grossesse.

EN CONCLUSION

Le diabète de type 2 et le diabète de type 1 représentent plus de 90 % des cas de diabète mais les formes sont hétérogènes et l’on peut parfois méconnaître un diabète d’un « autre type ». Aussi, un diagnostic étiologique précis a des conséquences pratiques sur la prise en charge, le suivi et le traitement du patient lui-même mais également de sa famille dans certaines situations.


Être diabétique à l’heure de la modernité… 7

Être diabétique à l’heure de la modernité…

Ces dernières décennies, de nombreuses avancées thérapeutiques ont marqué la diabétologie avec notamment l’avènement d’outils de mesure comme les capteurs de glycémie mais aussi de traitements tels que les pompes à insuline, de plus en plus modernes. Au-delà de l’aspect pratique dans la gestion du diabète au quotidien et de l’amélioration significative attendue dans l’équilibre glycémique, ces outils sont autant d’objets reliés au corps et à l’esprit du malade. Souvent accueillis comme une aide précieuse, symboles d’efficacité et de fiabilité, ils peuvent aussi susciter le doute face à trop de technicité, voire générer de l’angoisse en réveillant le traumatisme d’une maladie difficile à accepter. Comment expliquer cette contradiction ? Quels sont les enjeux de cette étape thérapeutique dans la prise en charge du patient diabétique ?

Devenir diabétique signifie, pour le sujet, cheminer à travers des étapes de l’ordre du deuil. D’abord sidéré par l’annonce du diagnostic, il se heurte à ses propres représentations de la maladie en général et du diabète en particulier : tantôt redouté, tantôt ignoré. Selon les ressources et la prise en charge dont il dispose, le patient avance ensuite dans la compréhension du fonctionnement, du traitement et des enjeux de la maladie chronique. A ce parcours initiatique se mêlent des mouvements émotionnels perturbants et contradictoires (tristesse, peur, colère, motivation, espoir…). Plus l’accompagnement est adapté et complet, mieux le diabétique parvient à faire le tri entre ses propres croyances chargées d’émotions et la construction d’un savoir et d’une expérience qui deviennent eux-mêmes un savoir-être diabétique. Mais cela ne suffit pas forcément à équilibrer le diabète et c’est là que peut se poser la question de nouveaux outils.

Il n’est pas rare que cette mise en place fragilise le patient diabétique. Tout est une question d’équilibre et de repères lentement acquis. Le patient s’est organisé, structuré (horaires, hygiène de vie, contrôles, modalités de prise du traitement ou de correction de la glycémie) ou au contraire il sort d’une période de rupture thérapeutique, dans le flou et la perte de repères. Le nouvel outil thérapeutique vient modifier cette organisation. Cela peut générer une certaine anxiété, la peur de perdre le contrôle et de déséquilibrer son diabète. Dans cette difficulté à lâcher-prise, la dimension de contrôle est omniprésente, ainsi que la culpabilité et le manque de confiance en soi. L’arrivée d’un outil plus moderne peut être vue comme le résultat d’un échec « je ne suis pas capable seul », « j’ai commis des erreurs »… Elle réveille parfois un sentiment d’injustice et un vécu punitif que certains ont éprouvé à l’annonce du diagnostic.

 

En parallèle, le sujet diabétique se trouve au défi d’apprivoiser la machine. Malgré le temps consacré par les soignants à l’éducation et l’accompagnement proposé (hospitalier, IDE en libéral, prestataires) un temps de sidération peut ralentir la compréhension du fonctionnement de l’appareil. Il peut être délicat de faire confiance à la machine, par peur des conséquences glycémiques. Le patient en manipulant la machine, peut avoir le sentiment de « jouer » avec sa santé. Enfin la barrière générationnelle pour des patients plus âgés. Il faut préciser aussi qu’au-delà de la pédagogie, c’est par la pratique dans son quotidien que le patient va vraiment expérimenter cette nouveauté. Bien conscient de cet enjeu, c’est avec appréhension et une certaine solitude qu’il peut s’y projeter. « Et si je n’y arrivais pas ? Et si la machine tombait en panne ? Et si elle se trompait ? »

Enfin la machine peut être déshumanisante. Un corps étranger collé voire branché à la peau, qui émet des sons à portée anxiogène… C’est un assistant dans la gestion du diabète mais c’est aussi ce qui le rend visible ! Comment faire avec cet objet à la fois traitement et symptôme ? Certains patients ont du mal à négocier avec cette question du visible. C’est encore une fois la question de l’identité qui se pose : « suis-je malade au point que cela se voie ? Puis-je échapper à cette réalité ou me suivra-t-elle dans tous les instants de ma vie et de mon intimité ? » La visibilité du diabète questionne le sujet dans toutes les sphères de sa vie : professionnelle, affective et sociale. Que dire de sa maladie chronique et comment en parler ? Qu’est-ce que cela pourrait changer ?

 

Comme dans toute maladie chronique, l’acceptation est en enjeu permanent et il semble que rien ne soit jamais vraiment acquis. Chaque étape de la maladie, même thérapeutique, renvoie le sujet à la façon dont il peut l’intégrer dans son identité et sa dynamique de vie, ainsi même à ses ressources et à ses failles. L’alliance thérapeutique n’impose pas, elle propose. Dans la confiance du lien, dans la connaissance mutuelle, des outils modernes peuvent trouver leur place si le patient se sent la liberté de les appréhender avant de pouvoir les apprivoiser. Laisser au patient le temps et la place d’exprimer ses doutes, parfois même ses angoisses et son rejet, c’est revenir avec lui sur l’essence même de la chronicité : contraignante, omniprésente et aliénante.

Lorsque le patient se sent entendu et respecté dans ce qui fait obstacle, il est souvent plus facile de se projeter ensemble dans ce qui est réalisable. Cela peut être une façon d’ouvrir un espace pour l’affirmation de soi à travers la découverte puis l’appropriation de l’appareil, au rythme qui sera le sien. Envisager une période d’essai et rappeler que le refus reste sa liberté, c’est éviter qu’une relation de contrainte ne s’installe et ne vienne affaiblir le lien thérapeutique, favorisant un éloignement et des prises de risque. Il s’agit avant tout de chercher un compromis essentiel entre les contraintes de la maladie et le confort d’un équilibre glycémique qui permette de vivre. Comme disait Claude Lévi Strauss « Chaque progrès donne un nouvel espoir, suspendu à la solution d’une nouvelle difficulté. »

 


Quel avenir métabolique pour les enfants nés de mères diabétiques ?

Article mis en ligne par le Docteur Nelly MORTINIERA, tiré de l’article de A. - C. Le Guillou et A. Vambergue. Pôle endocrinologie et diabétologie, Hôpital Claude Huriez, CHRU de Lille, publié dans la revue diabétologie Pratique

 

Introduction :

On sait aujourd’hui, que l’exposition d’un fœtus à l’hyperglycémie de sa mère va entraîner la survenue d’un syndrome métabolique (c’est-à-dire la possibilité de présenter un diabète, une obésité ou un surpoids, une hypertension artérielle…) dès l’enfance, l’adolescence et /ou lorsque cet enfant atteindra l’âge adulte :  comment et pourquoi ?

                    

Ces enfants vont-ils développer un surpoids ou une obésité ?

Chez les enfants nés de mères diabétiques toutes les études scientifiques faites ont montré que le risque d’obésité dans l’enfance ou l’adolescence est important d’environ 60% alors qu’il n’est que de 17% chez les enfants nés de mères non diabétiques. Ce risque d’obésité est plus élevé chez les enfants nés de mères diabétiques que de pères diabétiques. Ceci permet de mettre en évidence le rôle prépondérant de l’hyperglycémie maternelle pendant la vie intra-utérine du fœtus.

 

Faut –il être un gros bébé à la naissance pour être en surpoids ou devenir obèse ?

En d’autres termes faut-il que notre mère ait fait du diabète de grossesse pour développer un surpoids ou une obésité ? La plupart des études faites ont démontré que les femmes présentant un pré-diabète pendant la grossesse, un diabète gestationnel avéré ou un diabète de type 2 ont 20% de risque d’avoir des enfants en surpoids ou obèses. Ces études ont également pu confirmer la présence d’une altération précoce du métabolisme des graisses chez ces enfants dès qu’il existe une exposition à des concentrations élevées de glucose pendant leur vie intra-utérine. Ce qui favorise leur prise de poids.

                           

 

Ces enfants deviendront-ils un jour diabétiques ?

Les études menées sur différents groupes de femmes enceintes : portant sur l’âge avancé au moment de la grossesse (au-delà des 35 ans), la présence d’une obésité franche ou un surpoids pendant la grossesse, d’un diabète de type 2 ou d’un pré diabète, montrent que les enfants nés de ces femmes ont un risque élevé d’au moins 50% (1 sur 2) de développer un diabète dès l’adolescence ou l’âge adulte. En revanche il existe peu de données dans la littérature sur les enfants nés de mères diabétiques de type 1.

Ces enfants deviendront –ils hypertendus ?

L’analyse d’un grand nombre d’études portant sur les pressions artérielles des enfants nés de mères diabétiques, porteuses d’un pré-diabète ou d’un diabète de grossesse, ont montré que les pressions artérielles chez ces enfants étaient toujours de quelques millimètres de mercure plus hautes que celles des enfants nés de mères non diabétiques. Au final ces enfants sont prédisposés à devenir hypertendus.

Conclusion :

Si l’exposition fœtale à l’hyperglycémie maternelle favorise la survenue du surpoids, de l’obésité, du diabète ou de l’hypertension artérielle chez les enfants nés de mères présentant un pré-diabète, un diabète de grossesse ou un diabète de type 2 avéré, très peu de données existent dans le cas du diabète de type 1. On ignore également si le contrôle précoce de ces troubles chez ces femmes peut empêcher ces enfants de développer à leur tour ces mêmes troubles. Mais malgré la présence de nombreuses incertitudes autour de l’avenir de ces enfants, il apparaît clairement qu’il existe des périodes de vulnérabilité pendant notre vie intra-utérine durant lesquelles peuvent survenir des modifications qui vont conditionner notre avenir métabolique. Cela a permis de définir le concept de programmation des maladies chroniques.


Trucs et astuces pour le Free Style Libre (FSL) 8

Trucs et astuces pour le Free Style Libre (FSL)

Le capteur Free Style Libre a révolutionné le quotidien des patients diabétiques insulinés en leur permettant de prendre le contrôle de leur maladie grâce à la mesure en continu de leur taux de sucre sans avoir à se piquer le bout du doigt. Cependant, les patients rapportent des accidents de décollement (fréquents surtout en cette période estivale) ou d’allergie. Cet article vise à vous donner des astuces afin de limiter ces désagréments.

Petit rappel des bonnes pratiques pour la pose du FSL

- Faire bien attention au site de pose du capteur : en effet, si vous le posez trop près de l’épaule, zone qui est très sujette aux mouvements, il aura plus facilement tendance à se décoller. Penser à le poser bien à l’arrière du haut de votre bras, qui reste généralement moins sollicité pendant vos activités quotidiennes.
- N’hésitez pas à nettoyer la peau avec du savon et de l’eau, avant d’appliquer la lingette imbibée d’alcool si votre peau a tendance à être grasse.
- Bien attendre que la peau soit sèche (ne pas souffler) avant de poser le capteur.
- Si vous êtes poilu, la zone choisie pour la pose devra être épilée.

Au secours, mon capteur se décolle !

Malgré ces conseils votre capteur se décolle facilement ? La transpiration, la chaleur, la qualité de votre peau, le sport, les baignades, les crèmes hydratantes ou les crèmes solaires… peuvent en être la raison. Mais il existe des solutions.

Pour améliorer l’adhésion il existe :
- des sprays adhésifs comme le Cavillon (en vaporisateur), le Tensospray, le Skin Prep ou le Skin Tac qui forment un film protecteur incolore à effet collant anti-glisse entre la peau et l’adhésif du capteur.

                       

 

- Les bandes adhésives de type K-tape, Rock-tape. Ce sont des bandes de taping kinésiologique adhérentes qui sont utilisées par de nombreux professionnels de la santé et du sport en traitement des blessures. Elles contiennent un adhésif hypoallergénique, à base d’acrylique, sans latex qui permettent de maintenir le capteur en place.

           

 

- Les pansements en polyuréthane de type tégaderm que l’on peut coller par-dessus le capteur ou mieux encore, tout autour du capteur afin de ne pas créer de « poche d’air » entre le capteur et la peau.

 

- Des patchs adhésifs prédécoupés qui augmente la surface adhérente du capteur

- Les pansements Secuderm, composé d’un film protecteur non collant et d’un gel adhésif indépendant qui est appliqué autour de la zone à protéger. Ce type de pansement est breveté et a été validé pour des plongées allant jusqu’à -60m par la Marine Nationale.

             

 

- Le déodorant détranspirant de type EtiaXil (en pharmacie) par exemple peut être appliqué sur la zone à piquer en cas de décollement du capteur lié à une transpiration importante.

- La teinture de benjoin qui peut également être utilisée pour dégraisser la peau et améliorer ainsi l’adhésion du capteur.

 

Comment protéger mon capteur des arrachements au sport ?

Lorsque vous faites du sport, la meilleure solution reste les brassards. Il en existe des spécialisés (exemple sur le site colore ma vie). Ces brassards peuvent en plus de protéger votre capteur, vous permettre de transporter votre téléphone lorsque vous courez ou bien de briller dans le noir en cas d’activité physique la nuit.

             

Il existe également des brassards waterproof (qui résistent à l’eau).

S’il y a des adeptes de la couture parmi vous, vous pouvez également vous fabriquer un brassard à partir de chaussettes.

             

Pour cela il vous faut une paire de chaussettes dont la taille est adaptée à votre bras (le tour de la cheville est souvent équivalente au tour de bras). Vous coupez le haut de la première chaussette au dessus du talon et l’élastique de la deuxième chaussette. Assemblez le tout en enfilant le tube de la chaussette sur un verre par ex.

               

 

Ce type de brassard convient parfaitement aux enfants et leur permet de disposer de modèles colorés, aux motifs originaux.

Aïe ! Je suis allergique au capteur !

La principale cause de l’allergie au FSL serait due à un des composants internes du dispositif : l’isobornyl acrylate (environ 0.2% des utilisateurs). Il n’est pas présent directement dans la colle utilisée mais sert de jointure entre les 2 parties de la coque du capteur. Il peut exceptionnellement se retrouver au contact de la peau. Dans ce cas, les patients se plaignent d’irritations cutanées ou d’eczéma pouvant nécessiter une prise en charge médicale.

En mai 2019, les composants du FSL ont été modifiés afin de diminuer ce risque d’allergie de contact. Cependant, il semblerait qu’il existe d’autres allergènes contenus dans le FSL car certains patients ont fait des réactions cutanées sans être allergique à l’isobornyl acrylate.

- En cas de réaction cutanée modérée : vous pouvez protéger votre peau par un film transparent (type tegaderm) afin que le capteur ne soit pas directement en contact avec votre peau. Il est également possible d’utiliser les films protecteurs cités précédemment (cavillon, skin-prep…) sous forme de spray ou de lingettes imbibées. Ils forment une barrière protectrice de la peau en plus d’assurer une meilleure adhérence du capteur.
- En cas de réaction cutanée importante vous pouvez protéger la peau du site à piquer par un pansement hydrocolloïde (de type duoderm).
Dans tous les cas, les personnes ayant constaté des réactions cutanées après l’utilisation du FSL doivent arrêter son utilisation et demander l’avis de leur médecin avant de le reprendre.


Diabètes et Traitements anticancereux 9

Diabètes et Traitements anticancereux

Par le docteur Bénichou

Au cours de ces dernières années, l’immunothérapie est devenue un traitement de choix pour la prise en charge d’un certain nombre de cancers dont par exemple les mélanomes.

Ces immunothérapies peuvent provoquer des effets indésirables touchant surtout la peau, le tube digestif mais aussi le système endocrinien. Les effets endocriniens les plus fréquents concernent l’hypophyse et la thyroïde. Mais des cas de diabète insulinodépendant ont également été rapportés. Ces diabètes dits insulinopéniques c'est à dire due à une carence en insuline conduisent fréquemment à des acidocétoses voire à des diabètes fulminants. Il s’agit donc d’une atteinte rare mais aux conséquences potentiellement graves compte tenu du caractère brutal de la maladie.

Pourquoi ?

 

Il s’agit probablement d’une toxicité directe de l’immunothérapie au niveau des cellules du pancréas fabriquant l’insuline ( Ilots de Langhérans) appelée insulite.

 

 

Diagnostic ?

On retrouve les symptômes classiques liés à la carence en insuline cad  soif , fatigue, envie d’uriner.

Le diagnostic est confirmé par une prise de sang retrouvant un taux de sucre dans le sang très élevé. Dans les formes les plus sévères qui sont majoritaires (57% des cas dans les études publiées) il existe déjà une décompensation aiguë du diabète à savoir une acidocétose .

Le diabète est diagnostiqué dans un délai médian de 5 mois après le début du traitement par immunothérapie.

Il est à noter que les autoanticorps (Anticorps anti GAD, anti IA2 , anti ZnT8) sont présents dans environ 50% des cas mais leur dosage avant de demarrer l immunotherapie est inutile car leur présence ne semble pas prédire la survenue d’un diabète.

En revanche il semble y avoir une prédisposition génétique avec une fréquence augmentée du génotype HLA-DR4 présents chez 76% des patients ayant developpé un diabète sous immunotherapie .

Compte tenu du caractère souvent très brutal de ce diabète, il est important d’éduquer le patient à la reconnaissance des symptômes annonciateurs comme besoin de boire ou d’uriner beaucoup, douleur abdominale, vomissements.

Traitement ?

Le traitement se fait par insuline. Le diagnostic du diabète impose la mise en place d’une insulinothérapie mais l immunothérapie pourra être poursuivie. La survenue d’un diabète ne contre indique donc pas la poursuite de l’immunothérapie.  Néammoins, en cas de situation sévère, l’immunothérapie pourra être décalé de quelques jours.

 

Et après ?

Le diabète induit par l’immunothérapie présente un caractère définitif et nécessite donc la poursuite de l’insuline à l’arrêt de l’immunothérapie .

Conclusion

La survenue d’un diabète induit par une immunothérapie anticancéreuse nécessite une prise en charge concertée entre endocrinologue et oncologue

Ce risque rare mais grave nécessite une éducation du patient mais aussi une réactivité de l’oncologue pour une prise en charge rapide et adaptée.