L’insulinothérapie fonctionnelle 1

L’insulinothérapie fonctionnelle

 L’insulinothérapie fonctionnelle

Mis en ligne par  Mathilde et Yamina (Infirmière et aide soignante du service)

L’alimentation est la base de votre traitement si vous êtes diabétique, manger équilibré est donc un bienfait indispensable. Cependant, porter une attention particulière aux portions et à la répartition des aliments contenants des glucides peut engendrer des frustrations.

Il est désormais possible d’apprendre une méthode, qui permet d’adapter sa dose d’insuline en fonction de ses apports alimentaires.  Elle permet alors une liberté au moment des repas, tout en conservant un bon équilibre glycémique, c’est l’insulinothérapie fonctionnelle. Ainsi, c’est le traitement qui s’adapte à votre régime et non l’inverse

Elle  s’adresse aux patients diabétiques sous insulinothérapie administrée par multi-injections, ou porteur d’une pompe sous-cutanée d’insuline.

L’insulinothérapie fonctionnelle est un programme d’éducation thérapeutique. Elle nécessite une hospitalisation de semaine, dans le service d’Endocrinologie.  Au cours de cette semaine, différents ateliers se dérouleront en petit groupe, encadrés par une diabétologue, une infirmière, une diététicienne, une kinésithérapeute et une aide-soignante.

Ces ateliers auront pour but de :

- Quantifier les glucides consommés pour s’injecter la bonne dose d’insuline

- De déterminer votre sensibilité à l’insuline, afin de corriger une hyperglycémie.

- De déterminer le resucrage  adapté à vos besoins pour corriger une hypoglycémie.

- D’évaluer l’influence d’une activité sportive sur votre glycémie.

Lorsque vous êtes sous multi-injections d’insuline vous apprendrez à calculer votre dose d’insuline rapide, en fonction de la quantité de glucides ingérés lors de votre repas et en fonction de votre glycémie.

Lorsque vous êtes porteur d’une pompe sous-cutanée d’insuline, après paramétrage de la fonction « assistant bolus », vous n’aurez plus qu’à rentrer la quantité de glucides que contient votre repas, ainsi que votre glycémie. Votre pompe sous-cutanée adaptera alors automatiquement votre bolus.

L’insulinothérapie fonctionnelle vous permettra de devenir acteur de votre traitement en évaluant vos propres besoins d’insuline, en fonction de vos repas et de votre activité physique.

Ces sessions d’éducation thérapeutique sont planifiées de manière ponctuelle sur l’année. Dans le service nous programmons deux séances par semestre, 1 pendant les congés scolaires et une hors congés scolaire.  Une programmation est donc nécessaire après avis favorable de votre diabétologue.

Vous pouvez demander des informations complémentaires lors de vos rendez-vous de suivi, ou dès à présent, poser des questions sur notre page Facebook.


La véritable révolution dans la prise en charge du diabète 2

La véritable révolution dans la prise en charge du diabète

La véritable dernière révolution dans la prise en charge du diabète : les dispositifs de mesure en continu du glucose

Mis en ligne par le Dr Amina RADAOUI

Ces dernières années ont été marquées par de belles innovations en ce qui concerne la prise en charge du diabète, tant sur le plan médicamenteux que sur le plan technologique. Nous disposons actuellement d’un large panel d’armes thérapeutiques pour le traitement du diabète de nos patients de plus en plus nombreux et aux caractéristiques disparates.

Si l’on devait récompenser les meilleures innovations en matière de diabétologie, nul doute que la mesure du glucose en continu (MGC) figurerait sur le podium. Saluée tant par les professionnels de santé que par les patients, ces dispositifs ont révolutionné la prise en charge du diabète jusqu’à changer certains paradigmes bien installés de la diabétologie tels que la pertinence de l’HbA1C pour lui préférer le TIR (Time-In –Range, en français temps passé dans la cible).

Pour les patients, ces dispositifs sont une véritable avancée  dans l’amélioration de leur qualité de vie et permettent une meilleure acceptation des contraintes liées à la maladie.          Au-delà du confort, l’équilibre glycémique est également amélioré du fait d’une meilleure visibilité sur les variations glycémiques de la journée. En effet, les  glycémies capillaires, réalisées ponctuellement, à des instants donnés, ne reflètent pas fidèlement les variations glycémiques sur une journée.  La lecture et l’interprétation des résultats ne permettent pas toujours d’anticiper certaines situations potentiellement dangereuses pouvant survenir dans l’intervalle.

Les premiers systèmes, appelés « holters glycémiques », sont apparus dans les années 2000. Ils étaient gérés par les endocrinologues pour étudier les profils glycémiques sans visibilité immédiate pour le patient. Depuis, ces systèmes ne cessent d’évoluer, avec une utilisation facilité pour le patient ; ils mesurent désormais le taux de glucose en temps réel.

Comment ça marche?
- Le capteur de glucose est placé sous la  peau, par le patient lui même. Il mesure le taux de glucose interstitiel (secteur dans lequel baignent les cellules de notre corps). Le taux moyen de glucose est recalculé régulièrement par le capteur et est traduit en signal électrique.
- Le transmetteur transmet ce signal électrique au récepteur.
- Le récepteur affiche ce signal. Il s’agit généralement d’un lecteur, d’une pompe à insuline ou d’un moniteur dédié.
L’ensemble de cette communication se réalise sans fil, par Bluetooth.

Le système de mesure du glucose en continu (MGC) mesure  environ toutes les 10 secondes la concentration de glucose dans le liquide interstitiel  (glucose interstitiel) et non le taux de glucose dans le sang (glucose sanguin). Au bout de 5 minutes, le système affiche la moyenne des valeurs.

Il est toutefois important de connaitre la différence entre la glycémie capillaire que l’on mesure via les lecteurs de glycémie capillaire et la glycémie interstitielle affichée par ces systèmes de mesure. Les glucides consommés lors des repas sont métabolisés en glucose qui diffuse successivement dans les artères, les capillaires puis dans le tissu interstitiel pour alimenter les muscles et les organes. Il existe donc un décalage temporel d’environ 15 minutes entre les deux glycémies, expliquant les variations de chiffres entre les deux glycémies. Ces variations sont d’autant plus importantes que la glycémie varie rapidement, comme après un repas, ou une injection d’insuline.

Les différents systèmes?

A ce jour plusieurs types de systèmes existent :

  • Les systèmes transmettant en continu les données du capteur :
    • Les dispositifs indépendants (capteur, transmetteur, récepteur) : DexcomG4® Platinum (Dexcom), Freestyle Navigator II ® (Abbott), Guardian Connect (Medtronic) Ces systèmes nécessitent une calibration plusieurs fois par jour pour vérifier la concordance entre le taux de glucose interstitiel et les glycémies capillaires.
    • Les dispositifs couplés à une pompe à insuline : le capteur Enlite couplé à la pompe MiniMed 640G®. Ce système dispose de la fonction Smartguard, qui permet de suspendre la diffusion d’insuline en cas de tendance glycémique basse et permet ainsi de minimiser la fréquence et la sévérité des hypoglycémies. Il est disponible et remboursé en France pour les patients diabétiques de type 1 déséquilibrés ou ayant présenté des hypoglycémies sévères ayant nécessité l’intervention d’un tiers.
  • Un système affichant les données rétroactivement par scan du capteur : le système flash d'auto surveillance du glucose : FreeStyle Libre® (Abbott), remboursé en France depuis Mai 2017 pour les patients traités par au moins 3 injections d’insuline ou par pompe à insuline.

Ces systèmes proposent des fonctionnalités nouvelles et permettent un meilleur contrôle du diabète. En voici les principales:

  • affichage des données en temps réel sur le profil glycémique
  •  courbe du taux de glucose
  • flèches de tendance (vitesse et sens de variation du taux de glucose),
  • système d’alarme
  • partage de données

Le Freestyle libre, pourquoi un tel engouement ?

Il est de loin le dispositif de MCG le plus populaire du fait de sa facilité d’utilisation, sa discrétion et son indication élargie à tous les patients insulino-traités (au moins 3 injections/j ou pompe à insuline). Les études sociologiques de la fédération française des diabétiques ont montré un véritable engouement pour ce système et ont aidé à son remboursement par l’assurance maladie. Ces études ont démontré l’amélioration de l’équilibre glycémique avec diminution des hypoglycémies chez les patients utilisant ce système, mais également l’amélioration de leur  qualité de vie.

  • Particularités :   Il permet au patient,  par système flash,  au moyen d’un simple scan du capteur positionné sur le bras, de vérifier son taux de glucose dès qu’il le souhaite. Le changement du capteur s’effectue tous les 14 jours (contre environ 6 jours pour les autres systèmes de MCG), et ne nécessite aucune calibration. A chaque scan, le lecteur affiche une estimation de la glycémie, une flèche de tendance à la hausse ou à la baisse, et une courbe rétrospective des 8 dernières heures.
  • Avantages selon les patients :
    • Facile, pratique  et confortable. Il permet en effet d’alléger les contraintes sociales, matérielles, et organisationnelles liées aux contrôles glycémiques. La facilité d’utilisation du Freestyle libre, son remplacement tous les 14 jours, et l’absence de calibration,  le rend également beaucoup plus attractif que les autres MCG. Le confort est également amélioré chez les patients qui doivent multiplier les contrôles ; la mesure est indolore mais certains patients peuvent être gênés par des décollements de capteur ou des réactions cutanées.
    • Un  meilleur vécu. Le Freestyle libre permet une plus grande discrétion dans la surveillance glycémique au quotidien. Depuis son arrivée sur le marché en 2014, les représentations et usages ont évolué. De plus en plus accepté, il est devenu pour certains patients, un marqueur identitaire, ou un signe de ralliement à une communauté que l’on retrouve notamment sur les réseaux sociaux où les patients sont très actifs sur leur partage d’expérience.
    • Autonomisation et implication. Via ce système, le patient dispose de nouvelles données sur son profil glycémique, notamment sur des moments inexplorés jusque là, comme la nuit. Le Freestyle Libre a un intérêt pédagogique pour le patient qui expérimente lui-même, en multipliant les tests, les effets de l’alimentation et de l’insuline sur les variations de ses glycémies. Il  anticipe et adapte ainsi mieux ses doses d’insulines et l’équilibre glycémique s’en trouve amélioré.

Conclusion :

Les dispositifs de mesure continue de glucose sont de véritables révolutions technologiques qui ont bouleversé la prise en charge du diabète. De nouvelles données dynamiques, telles que la prédictibilité des variations glycémiques, ont changé la lecture des diabétologues, permettant un diagnostic précis du profil glycémique des patients et une prise en charge plus adéquate.  Parmi ces dispositifs, le Freestyle libre se distingue des autres par sa grande facilité d’utilisation. Il offre cette visibilité également aux patients, leur permettant une meilleure connaissance de soi et de leur maladie. Ils se sentent acteurs de leur maladie et s’impliquent d’avantage dans sa prise en charge. Depuis sa commercialisation et son remboursement, les études sociologiques révèlent une confiance grandissante dans ce système. En plus d’une amélioration de l’équilibre glycémique, les déterminants sociologiques majeurs de cette confiance grandissante des patients pour ce système, sont liés à l’amélioration de leur qualité de vie et une meilleure acceptation de leur maladie.

Dr Radaoui Amina

Service d’Endocrinologie du CH Perpignan

Références de l’article :

  • La mesure du glucose en continu, federationdesdiabetiques.org
  • Les dispositifs de mesure en continu du glucose, Dr Caroline Guillot, article paru dans « Diabète et Obésité » n°126

 


Il était une fois le diabète.... 3

Il était une fois le diabète....

 

 

IL ETAIT UNE FOIS …. LE DIABETE. Le diabète à travers les âges.

Mis en ligne par Nathalie Beurier

Dia Baïno/ Diabêtès « couler au travers », telle est l’origine grecque du mot diabète. En effet, il avait été remarqué, à l’époque, du fait d’une soif incessante, que le patient buvait et urinait en permanence, d’où le fait de passer à travers le corps.

Les premières descriptions du diabète interviennent sur un papyrus dans l’antiquité égyptienne en 1 550 avant J.C.  Ce n’est qu’au 5ème siècle que l’on relie la maladie à la présence de sucre dans les urines

En 1776, DOLSON démontre que le sucre est présent non seulement dans les urines mais aussi dans le sang du patient.

A partir de 1855,  le diabète est rattaché à un trouble général de la nutrition.

Puis, quelques années plus tard, découverte des cellules appelées ilôts de Langerhans sécrétées dans le pancréas,         cellules qui, 2 siècles plus tard,  font l’objet d’une greffe chez certains patients. Ces cellules sécrétent l’insuline.

Les Canadiens Charles BEST (1899-1978) et Frederick BANTING (1891-1941) et découvrent l’INSULINE en 1921 après expérimentation sur des chiens diabétiques, en laboratoire. BANTING recevra le prix Nobel de médecine en 1923.

Date importante : le 11 janvier 1922, la 1ère injection d’extraits pancréatiques de porc est réalisée sur un enfant diabètique au stade de coma. Il est sauvé.

Cependant, l’insuline humaine est obtenue par génie génétique en 1982.  Quatre ans plus tard, elle sera industriellement produite et mise sur le marché conduisant, d’année en année, à l’apparition, après modification, des insulines lentes et des insulines rapides.

Des siècles et des siècles de recherches et de progrés en médecine ont permis d’obtenir les traitements actuels du diabète : anti-diabétiques oraux, insulines lentes, insulines rapides, analogues du GLP1, …. Les pompes à insuline, les greffes d’Ilôts et bientôt le pancréas artificiel, peuvent permettre d’espérer qu’un jour le diabète sera définitivement réduit au silence.

Quelques diabétiques célèbres : Charles Quint, Louis XIV, Karl Marx, Champollion, Liz Taylor, Stan Laurel, Jules Verne, Balzac…. (« les grands diabétiques de l’histoire – Dr Françoise Guillon-Metz – Edition Zinedi).


Les Aliments Ultratransformes 4

Les Aliments Ultratransformes

LES ALIMENTS ULTRATRANSFORMES, FAUT-IL S’EN MEFIER ?

Mis en ligne par le Dr Céline EID, d’après un article du Dr Anthony FARDET paru en mai 2019 dans “Correspondances en Métabolismes, Hormones, Diabètes et Nutrition”.

La notion d’aliment ultratransformé (AUT) est née en 2009 au Brésil et a été popularisée en France par le Dr Anthony FARDET, ingénieur agro-alimentaire et Docteur en Nutrition Humaine.

Les Aliments ultratransformés se caractérisent par l’ajout d’ingrédients ou d’additifs à usage principalement industriel, tels les arômes, les colorants, les édulcorants, les exhausteurs de goût, les agents texturants, les conservateurs... Ils ont subi un procédé de transformation qui modifie leurs caractéristiques nutritionnelles.

Les AUT ne se résument pas uniquement aux aliments traditionnels de la “malbouffe” mais concernent également les aliments enrichis en fibres, minéraux ou vitamines, les produits allégés, les produits sans gluten, certains produits bio ou vegans comme la plupart des steaks végétaux reconstitués.

La transformation d’un aliment induit une modification de sa composition, de sa matrice, ou de sa structure. A titre d’exemple, il n’est pas équivalent de manger une pomme (qui contient les fibres du fruit), une compote ou de boire un jus de pomme industriel. Il est en de même pour les céréales complètes et raffinées.

La classification NOVA (“nouveau” en portugais) diffère du Nutri-Score qui est un système d’étiquetage conçu dans le cadre du Programme National Nutrition Santé. Le Nutri-Score est basé sur une échelle allant de A à E et du vert au rouge selon la valeur nutritionnelle d'un produit alimentaire. Ce type d’échelle, qui s’attache à la teneur en nutriments, ne prend pas en compte l’impact de la transformation des aliments.

Ainsi, la classification NOVA distingue 4 groupes d’aliments :

  • Groupe 1 : Aliments peu ou pas transformés.

Les aliments non transformés sont obtenus directement à partir de plantes ou d’animaux (ex : légumes, fruits, œufs, lait...) et achetés pour être consommés en l’état.

Les aliments peu transformés sont des aliments naturels qui ont subi des transformations sans ajout de substance à l’aliment original afin de les conserver, diminuer le temps de préparation et faciliter leur digestion (riz, pâtes, légumineuses...)

  • Groupe 2 : Ingrédients culinaires

Ils sont obtenus à partir d’aliments naturels par des procédés tels que le pressage, le broyage, le concassage, la pulvérisation et le raffinage. Ce sont des ingrédients d’assaisonnement et de cuisson (ex : huiles végétales, beurre, sucre, sel, miel...)

  • Groupe 3 : Aliments transformés

Ils sont obtenus à partir d’aliments naturels ou peu transformés auxquels on a ajouté du sel, du sucre ou d’autres ingrédients culinaires comme l’huile ou le vinaigre afin d’augmenter la conservation et la palatabilité (= aliments agréables au palais, savoureux)

Exemples : conserves de légumes, fruits en bocaux, noix et graines salées, poisson fumé ou salé, jambon fumé ou salé, sardines et thon en boîte, fromages, pain...

  • Groupe 4 : Aliments ultratransformés

Il s’agit d’aliments et de boissons dont la fabrication comporte plusieurs étapes et techniques de transformation impliquant des ingrédients utilisés en grande partie par l’industrie. Le but est d’augmenter la durée de conservation et la palatabilité.

                                                                     

Un produit ultratransformé contient souvent du sucre, du sel, des acides gras ajoutés, des huiles hydrogénées, des isolats de protéines, des agents cosmétiques et économiques (ACE) et des additifs. Exemples : confiseries, biscuits, gâteaux, crèmes glacées, sodas, jus sucrés, produits laitiers sucrés, saucisses, nuggets de poulet, poisson pané, plats surgelés prêts à consommer, chips, soupes en sachet,  nouilles instantanées, céréales du petit déjeuner, snacks emballés, barres de céréales, pizzas, substituts du sucre.

Plusieurs études scientifiques ont montré que la consommation régulière d’AUT était associée à une majoration du risque métabolique (surpoids, obésité, diabète de type 2, dyslipidémie, hypertension artérielle), du risque d’intestin irritable, de dépression, de cancers et à une mortalité plus élevée. La consommation d’AUT s’accompagne en outre d’une augmentation significative de la prise calorique (+20% sur 2 semaines) par le biais d’une consommation plus importante de glucides et de lipides.

En conclusion, la consommation régulière d’aliments ultratransformés est susceptible d’avoir des effets délétères sur la santé. Pour rester en bonne santé, il est donc conseillé de privilégier des produits sans ou avec peu d’additifs au sein d’une alimentation équilibrée associée à un mode de vie qui favorise l’activité physique et l’absence de tabagisme.


Fakenews et Statines : Comment démêler le vrai du faux ? 5

Fakenews et Statines : Comment démêler le vrai du faux ?

Mis en ligne par le Dr Muriel BENICHOU

Rappelons tout d’abord les tenants et aboutissants de cette polémique qui a vu le jour en 2013

En février 2013 paraissait le livre polémique de Philippe Even « la vérité sur le cholestérol »contestant l’intérêt pourtant démontré des statines en prévention des accidents cardiovasculaires. Dans ce livre, Even affirme que le cholestérol n’a pas la dangerosité que lui attribue généralement la communauté médicale. Il remet en cause le traitement de l’hypercholestérolémie en particulier par statines chez les patients ayant déjà fait un accident cardiovasculaire (prévention secondaire) mais aussi en prévention dit primaire c’est-à-dire chez les patients à haut risque cardiovasculaire mais n’ayant pas fait d’accident cardiovasculaire. Dans son argumentaire à charge contre les statines, il met en avant leurs effets secondaires notamment musculaires.

Face à cette controverse la Haute Autorite de Santé (HAS) a publié en février 2013 un communiqué de presse clarifiant son point de vue sur les statines et leur utilisation. Elle y affirme que le bénéfice des statines en prévention secondaire et dans le cas des patients à haut risque en prévention primaire ne peut être remis en question.

Cette polémique a laissé des traces      

En 2017 des chercheurs de l’université de Bordeaux ont cherché à estimer la proportion des patients ayant interrompu leur traitement suite à la publication du livre de Philippe Even. Ils se sont pour cela basés sur l’échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB) , une base de données de l’assurance -maladie qui constitue un échantillon représentatif de 650000 personnes. L’idée des chercheurs était de vérifier l’arrêt effectif des statines dans les 9 mois qui ont suivi la publication du livre de Philippe Even et de le comparer avec celui des 2 années précédentes. En effet, chaque année certains patients interrompent leur traitement indépendamment des polémiques pour des raisons personnelles ou médicales. Ce taux d’arrêt était de 8,5% en 2011 et en 2012 mais a grimpé à 11,5% en 2013 soit une hausse de 40% ; une hausse de la mortalité a aussi été observée en particulier dans les groupes à moyen et haut risque.

En conclusion       

Sept ans après la polémique, les statines sont toujours prescrites en prévention primaire et secondaire et leur efficacité n’est pas remise en cause par la majorité de la communauté scientifique et médicale.

Elle a cependant conduit à des arrêts intempestifs de traitement et à une hausse de la mortalité .

Elle a laissé des traces chez les patients qui continuent de ressentir une certaine méfiance lorsque le mot statine est évoqué en consultation limitant ainsi leur adhésion à un traitement pourtant essentiel pour limiter le risque cardiovasculaire.


Que faire en cas d’hypoglycémie ! 6

Que faire en cas d’hypoglycémie !

L’hypoglycémie, c’est quoi ?

On parle d’hypoglycémie lorsque la quantité de sucre dans le sang est trop basse.
Elle est qualifiée de modérée lorsque le taux de sucre dans le sang (glycémie) est compris entre 0.60 et 0.80 g/L et de sévère lorsque la glycémie est strictement inférieure à 0.60g/L.

Comment je me rends compte que je suis en hypoglycémie ?

Lorsque vous êtes en hypoglycémie, vous pouvez ressentir les symptômes suivants :

  • Sueurs
  • Tremblements
  • Faim brutale et intense
  • Fatigue soudaine
  • Sensation de vertiges
  • Sentiment de mal être
  • Palpitations
  • Céphalées (maux de tête)
  • Nausées
  • Troubles de la vision

Généralement, tous ces signes ne sont pas ressentis au cours d’un même épisode d’hypoglycémie. De plus, un patient donné ressent quasiment les mêmes symptômes à chaque épisode d’hypoglycémie ; ce qui lui permet de s’en rendre compte très rapidement.

Pourquoi je fais une hypoglycémie ?

Les causes de l’hypoglycémie peuvent être multifactorielles. Parmi les plus fréquentes, on retrouve :

  • Un repas non pris, pris trop tardivement ou insuffisamment riche en glucides
  • Un traitement antidiabétique inadapté : surdosage en insuline ou en sulfamides hypoglycémiants par exemple
  • Un exercice physique imprévu
  • Un excès d’alcool
  • La prise de certains médicaments autre qu’antidiabétiques : aspirine, bêta bloquants, anticoagulants, antidépresseurs …
  • Les lipodystrophies qui, en se désagrégeant, peuvent libérer de l’insuline.

Je suis en hypoglycémie. Et alors, je fais quoi ?

L’hypoglycémie correspondant à un taux de sucre dans le sang insuffisant, la conduite à tenir est donc d’apporter une quantité de sucre suffisante pour normaliser la glycémie.
Ainsi, la quantité de sucre qu’il va falloir apporter dans l’organisme va être fonction du degré de sévérité de l’hypoglycémie.
Pour cela, dès que les signes d’hypoglycémie vus précédemment apparaissent, il est absolument nécessaire de se mettre au repos et de contrôler sa glycémie.

Se pose alors cette première question : le patient est-il en hypoglycémie modérée ou sévère ?

Lorsque l’hypoglycémie est modérée, le resucrage doit être réalisé avec 7 g de sucres rapides ce qui équivaut par exemple à :

  • 5 morceaux de sucre n°4 ou
  • ½ verre de jus de fruit sucré ou de soda non allégé ou
  • 1 cuillère à café de confiture ou de miel ou
  • ½ pâte de fruit

Il n’est pas conseillé de se resucrer avec du chocolat car les graisses qu’il contient vont retarder l’arrivée du sucre dans le sang.
Lorsque l’hypoglycémie est sévère, le resucrage doit être réalisé avec 15 g de sucres rapides ce qui équivaut par exemple à :

  • 3 morceaux de sucre n°4 ou
  • 1 verre de jus de fruit sucré ou de soda non allégé ou
  • 2 cuillère à café de confiture ou de miel ou
  • 1 pâte de fruit ou
  • 3 bonbons ou
  • 1 berlingot de lait concentré (30 g)

Néanmoins, il est important de savoir que les sucres rapides permettent de faire monter rapidement la glycémie (au bout de quelques minutes) mais leur effet ne dure pas dans le temps, d’où le nom de sucres rapides.

C’est pour cela que le patient doit ensuite se poser cette deuxième question : le prochain repas est-il proche ou lointain ?

Ainsi, à distance d’un repas, il faut ajouter 15 g de sucres lents EN COMPLEMENT des 7 ou 15 g de sucres rapides, ce qui équivaut par exemple à :

  • 30 g de pain ou
  • 2 biscottes ou
  • 1 fruit moyen ou
  • 5 madeleines ou
  • 3 sablés ou
  • 2 petits beurre ou
  • 1 croissant de 40 g ou
  • 1 barre de céréale non chocolatée.

En effet, les sucres rapides auront permis de normaliser la glycémie et les sucres lents permettront de la maintenir jusqu’au prochain repas.

En outre, tout patient à risque d’hypoglycémie doit toujours avoir sur lui au moins trois morceaux de sucres rapides (ou équivalent) et de quoi contrôler sa glycémie.

En résumé

Lorsque le patient ressent le ou les signes d’hypoglycémie :

A savoir : si le repas est prévu dans les trente minutes et qu’il peut être pris au moment de l’hypoglycémie, ne pas prendre les sucres lents et avancer le repas.

En conclusion

L’hypoglycémie est un risque qui existe chez le patient diabétique.
Elle est souvent très redoutée et constitue le principal effet secondaire des traitements hypoglycémiants.

Lorsqu’elle est occasionnelle, l’hypoglycémie est liée à un facteur déclenchant temporaire comme une dose d’insuline trop importante ou une activité physique imprévue par exemple.

Toutefois, lorsque les épisodes d’hypoglycémie sont répétitifs, il est nécessaire de consulter son médecin traitant ou son diabétologue afin de réadapter le traitement antidiabétique.


Que faire en cas d’hyperglycémie ! 7

Que faire en cas d’hyperglycémie !

Mis en ligne par le Dr Amina RADAOUI

Définition

 L’hyperglycémie est définie par une augmentation du taux de sucre au-delà d’une certaine valeur. On définit pour chaque patient une borne inférieure et supérieure entre lesquelles son taux de sucre doit se situer  qu’on surnomme «  fourchette »  ou « objectif » ou « cible » glycémique.

Avec l’avènement des nouvelles technologies, et les nouveaux outils de contrôle de la glycémie en continu, cette cible a été récemment redéfinie sur le plan international par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) entre 0,70 et 1,80 g/L. On considère donc, chez les patients diabétiques, toute glycémie inférieure à 0,70 g/L comme une hypoglycémie, et toute glycémie au-delà de 1,80 g/L comme une hyperglycémie.

Cependant l’objectif glycémique doit être personnalisé et donc adapté à chaque patient selon son âge et ses antécédents médicaux. Il sera donc fixé par le médecin en accord avec le patient.

On parle d’hyperglycémie sévère, en cas de glycémie supérieure à 2,50 g/L. Elle peut être bénigne si elle est ponctuelle et sans symptômes. En revanche elle est considérée comme grave, si elle persiste avec les symptômes suivants : fatigue, soif, langue sèche, urines abondantes, maux de tête..

Quand faut-il s’inquiéter:

Pour autant, faut il s’affoler devant une hyperglycémie ? Toutes les hyperglycémies sont elles une urgence à traiter ? La gravité de l’hyperglycémie dépend de plusieurs critères :

• La durée et le taux :

En cas d’hyperglycémie ponctuelle (quelques heures voire quelques jours), sans signes associés, sur une cause parfois identifiée (oublis de traitement ou dose inadaptée, écarts diététiques, prise de cortisone, stress, maladie, émotion…), et en l’absence de critères de gravités suivants, il n’y a pas d’urgence à traiter cette hyperglycémie. Et ce d’autant que la glycémie se normalise après correction ou résolution de la cause identifiée .

• En cas d’acétonémie :

Chez les patients traités par insuline, en cas d’hyperglycémie sur carence d’insuline, le sucre étant la principale source d’énergie de nos cellules, celle-ci vont rechercher une autre source d’énergie pour assurer leur fonctionnement. Les graisses sont alors utilisées, et leur produit de dégradation forme l’acétone, libérée dans le sang (acétonémie) puis dans les urines (acétonurie). A forte concentration, l’acétone peut devenir dangereuse et provoquer une acidification du sang, on parle alors d’acidocétose. Les patients peuvent alors présenter une fatigue, des douleurs abdominales associés à des nausées ou vomissements, une haleine particulière dite « pomme de reinette », et des troubles de la conscience pouvant aller jusqu’au coma. Il est recommandé chez les patients traités par insuline, en cas d’hyperglycémie supérieure à 2,50 g/L, de ne pas attendre ces symptômes et de contrôler systématiquement leur taux d’acétonurie par bandelette urinaire, ou acétonémie via des lecteurs spécifiques avec bandelettes acétonémie (Freestyle Optium Néo, Optium Xceed, Freestyle libre, Glucofix Menarini..).

• En cas de déshydratation :

L’hyperglycémie grave et persistante, provoque une sensation de soif et des urines abondantes, allant jusqu’à plusieurs litres par jour, appelé syndrome polyuro-polydipsique. Chez les patients, qui ont une sensation de soif altérée, notamment les personnes âgés, la polyurie n’est pas compensé par l’hydratation. Il existe alors un risque de déshydratation majeure pouvant provoquer des troubles de la conscience, appelé le coma hyperosmolaire. Toute hyperglycémie grave et persistante chez la personne âgée doit faire rechercher une déshydratation et faire l’objet d’une prise en charge rapide et adaptée.

Conduite à tenir :

• En cas d’absence de signe de gravité (acétone ou déshydratation) :

  • En cas de traitement anti diabétique oraux :

    •  Il faut contrôler votre glycémie régulièrement
    • Identifier une cause ou un facteur déclenchant
    • Si l’hyperglycémie persiste, il faut vous rapprocher de votre médecin traitant ou de votre diabétologue pour revoir votre traitement de base
  •  En cas de traitement insulinique :

    •  Il faut contrôler votre glycémie régulièrement
    • S’assurer de l’absence d’acétonurie ou acétonémie
    •  Réajuster votre dose d’insuline rapide au prochain repas et votre insuline lente si besoin
  •  En cas de traitement par pompe à insuline :

    • Il faut contrôler votre glycémie régulièrement
    • S’assurer de l’absence d’acétonurie ou acétonémie
    • envisager un dysfonctionnement de la pompe ou un problème de cathéter (bouché, désinséré,..)
      avoir à disposition de quoi reprendre les injections
    • disposer d’un stock suffisant de matériel pour la pompe (pile, cathéter…)
    •  Faites un bolus supplémentaire (selon les recommandations du médecin)
    •  Contrôlez au bout de 2h, si l’hyperglycémie persiste, rechercher de nouveau l’acétone

• En cas d’acétonémie :

Chez les patients traité par insuline, en cas d’hyperglycémie > 2,50 g/L persistante, il faut systématiquement contrôler l’acétonémie, si celle-ci est positive (supérieur à 0.6 mmol/L), il faut :

  • Injecter de l’insuline rapide selon le protocole suivant (à préciser par votre diabétologue)
  • Contrôler la glycémie et l’acétonémie 2h plus tard
  • Réinjecter de l’insuline rapide tant que la glycémie reste supérieure à 2,50 g/L avec acétonémie positive

ACETONE DANS LES URINES

ACETONE DANS LE SANG

+

++

+++

 : 1 A 3 UNITES

: 2 A 6 UNITES

: 3 A 9 UNITES

0.6 - 1.5

1.5 – 3

SUPERIEUR A 3

: 3 UNITES

: 5 UNITES

: 10 UNITES

  • En cas d’acétonémie chez les patients traités par pompe à insuline :
    • Retirez la pompe
    • Faites une injection d’insuline au stylo (selon les recommandations du médecin)
    • Changez la totalité du cathéter
    • Replacez la pompe
    • Faites au maximum 2 injections (rajouts) à la pompe à 2h. Toujours continuer à s’alimenter quelle que soit la glycémie (sinon, on peut être en hypoglycémie avec toujours de l’acétone et on ne peut plus faire les suppléments)
    • S’il n’y a pas d’amélioration après 2 rajouts à la pompe, reprenez les injections sous cutanées au stylo (arrêt de la pompe). Contactez rapidement votre médecin prescripteur ou votre diabétologue.

• En cas d’oubli de traitement :

  • Antidiabétique oraux : Dans tout les cas, il n’y pas lieu de s’inquiéter, la durée d’action des antidiabétiques oraux est longue (24 à 48h), vous êtes donc couvert par la dernière prise. Pour éviter tout risque de surdosage, ou d’hypoglycémies, mieux vaut reprendre le lendemain vos traitements à dose habituelle. Au pire, vous constaterez une courte période d’hyperglycémie transitoire qui se corrigera à la reprise des doses habituelles.
  • Insuline :
    • Rapide : Si vous avez oublié votre injection de rapide, attendez le prochain repas et la prochaine dose de rapide à majorer pour corriger l’hyperglycémie. Une injection d’insuline rapide dite de rattrapage, en dehors de toute prise alimentaire, vous expose à l’hypoglycémie.
    • Lente :
      • Si oubli constaté le matin : injecter à ce moment 50% de la dose oubliée.
      • Si oubli constaté à midi : injecter à ce moment 100% de la dose oubliée, et ne pas faire l'injection du soir ce jour là.
      • Si oubli constaté le lendemain soir : faire l'injection du soir à sa dose habituelle ou majorée de 20% si la glycémie à ce moment n'est pas satisfaisante.


L'obésité de l'enfant ou de l'adolescent 8

L'obésité de l'enfant ou de l'adolescent

L’obésité de votre enfant ou de votre adolescent est–elle une menace pour l’adulte futur qu’il sera?

 

Texte mis en ligne par le Dr Nelly MORTINIERA

Tiré de l’article publié par J.-L. SCHLIENGER

L’obésité a fortement augmenté chez l’enfant et l’adolescent dans notre pays favorisé par « la malbouffe » et la sédentarité liée aux nouvelles technologies. Elle va favoriser à l’âge adulte l’obésité de l’adulte, les maladies dites métaboliques (HTA, Diabète, …),  le cancer du sein chez les filles, du côlon et du foie, l’asthme et des difficultés intellectuelles

Situation du surpoids en France :

On note une stabilité du surpoids chez l’enfant, mais une augmentation chez l’adolescent. Une étude scientifique menée entre 2014 et 2016, indique une stabilité du surpoids et de l’obésité à tous les âges, grâce à la mise en place du Programme National Nutrition Santé (PNNS). L’obésité et le surpoids n’ont plus évolué depuis ces 10 dernières années : Garçons : 16%. Filles : 18%. Adultes : Hommes : 54%. Femmes : 44%. Ces chiffres plutôt rassurant doivent être nuancés en raison de l’augmentation de l’obésité chez l’adolescent de 15 à 17 ans.

 

                                     

 

Obésité juvénile : un moyen de prévoir l’obésité chez l’adulte.

De nombreuses études ont montré que le risque d’être obèse à l’âge adulte est multiplié par 5 chez les adolescents obèses. Près de 55% des enfants obèses resteront obèses pendant l’adolescence et environ 80% des adolescents obèses restent obèses à l’âge adulte. 70 % d’entre eux seront toujours obèses après l’âge de 30 ans.

                          

Répercussion à long terme de l’obésité juvénile.

En plus du fait de maintenir leur obésité à l’âge adulte, l’obésité chez l’adolescent va également favoriser : la surmortalité précoce,  le syndrome métabolique qui associe HTA, diabète, augmentation du taux de cholestérol, …) de manière précoce, les maladies cardiaques telles que la crise cardiaque, l’insuffisance cardiaque, attaque cérébral (AVC), le syndrome des ovaires poly-kystiques et certains cancers (côlon, foie, vessie…), l’asthme, les insuffisances respiratoires, apnée du sommeil, des problèmes mécaniques (arthrose des hanches, des genoux…). Enfin, certains états d’invalidité…

                                                               

Conclusion :

L’obésité de l’enfant est désormais considérée comme un défi de santé publique car elle augmente le risque de complications graves et de surmortalité lorsque l’enfant sera devenu adulte. La prise en charge précoce de l’obésité de l’enfant ou de l’adolescent va permettre d’empêcher la survenue de désagréments immédiats et prévenir des complications qui peuvent déjà se manifester chez le grand adolescent.


Nodules thyroidiens : quand faut-il s'inquiéter ? 9

Nodules thyroidiens : quand faut-il s'inquiéter ?

Nodule thyroïdien : Quand faut- il s’en inquiéter ?

Mis en ligne par le Dr Muriel BENICHOU

Les nodules  thyroïdiens sont très fréquents  puisqu’ils touchent  plus de 5% de la population générale. Ils touchent plus souvent les femmes et leur prévalence augmente avec l’âge. Ils sont sources d’inquiétude pour les patients. Pourtant les cancers thyroïdiens restent rares puisqu’ils ne concernent que 5% de ces nodules thyroïdiens. Longtemps la hantise de méconnaître un cancer a conduit à l’exérèse de principe de nodules thyroïdiens étiquetés froids a la scintigraphie. Une telle attitude est totalement révolue du fait de la fréquente bénignité des nodules et de l’utilisation d’outils diagnostiques plus performants que la scintigraphie thyroïdienne comme l’échographie et la cytoponction thyroïdiennes .

L’objectif du clinicien sera donc de détecter parmi l’ensemble des nodules thyroïdiens , ceux qui sont à risque de malignité afin de mieux cibler les indications de chirurgie et d’éviter ainsi des chirurgies inutiles. L’appréciation de ce risque de malignité fait appel à un certain nombre de critères recueillis lors de l’interrogatoire du patient, de l’examen clinique et d’examens complémentaires que sont l’échographie et la cytoponction thyroidiennes.

Définition du nodule thyroidien

 

Un nodule thyroïdien est une hypertrophie localisée de la glande thyroïde (nodulus=petit nœud).

Bilan à réaliser devant un nodule thyroidien     

  • INTERROGATOIRE ET EXAMEN CLINIQUE

Signes cliniques évocateurs de malignité issues de l’interrogatoire et de l’examen clinique

 

    • Sexe masculin
    • Age < 16 ans ou > 65 ans
    • ATCD familiaux de cancers thyroïdiens (plus de 2 cas dans la famille)
    • ATCD d’irradiation cervicale
    • Signes de compression : dysphonie, dysphagie, dyspnée en position allongée
    • Nodule de croissance rapide
    • Nodule dur , irregulier, fixé
    • Ganglion du même côté que le nodule
  • DOSAGE DE LA TSH

       La TSH encore appelée hormone thyréostimulante ou thyréostimuline est une hormone fabriquée par l’hypophyse glande située à la base du cerveau qui régule la sécrétion des hormones thyroïdiennes la T3L et la T4L.  Elle est le plus souvent normale en cas de nodule thyroïdien c’est-à-dire qu’il n’existe pas de dysfonctionnement hormonal.

  • ECHOGRAPHIE THYROIDIENNE

           En 2017 , les recommandations européennes ont proposé un score de stratification échographique du risque de malignité appelé score EU-TIRADS (European Thyroid Imaging Reporting and Data System) validé par de nombreuses études multicentriques. Ce score analyse un certain nombre de caractéristiques échographiques du nodule  (echogénicité, contour, forme, microcalcifications) le classant de 1 à 5 . Ce score permet d’une part d’uniformiser les résultats des échographies thyroïdiennes  et d’autre part de déterminer s’il est nécessaire ou pas  de réaliser une cytoponction thyroïdienne.

Score EU-TIRADS ET RISQUE DE MALIGNITE

s

 

Score EU-TIRADS ET INDICATIONS DE CYTOPONCTION

EU-TIRADS 1 et 2 : pas d’indication de cytoponction

EU-TIRADS 3 : cytoponction uniquement si nodule > 2cm

EU-TIRADS 4 : cytoponction si nodule> 1.5 cm

EU-TIRADS 5 : cytoponction si nodule>1cm

Si nodule de moins de 1 cm surveillance active avec échographie à 6 mois puis 1 fois/an

  • CYTOPONCTION THYROIDIENNE

Il s’agit d’un examen non invasif réalisé le plus souvent par un radiologue , sans anesthésie. Le radiologue va reperer le ou les nodules à ponctionner par échographie et va ensuite prélever à l’aide d’une aiguille fine quelques cellules pour les analyser. Les patients prenant de l’aspirine ou des anticoagulants doivent le signaler avant de faire l’examen.

Comme dit ci-dessus, la réalisation de la cytoponction sous contrôle échographique est guidée par le score EU-TIRADS du nodule thyroidien.

            Pour les résultats , c’est la classification de BETHESDA actualisée en 2017 qui fait autorité en permettant une bonne appréciation du risque de malignité du nodule en 6 classes

traitement devant un nodule thyroidien   

On pourra distinguer

Les nodules suspects ou hautement suspects de malignité

    • TTT CHIRURGICAL IMPERATIF

       Dans ce cas on  ne se contente pas d’enlever le nodule. Le chirurgien ORL enlève au moins un lobe thyroïdien voire la totalité de la thyroïde si l’examen au moment de la chirurgie est en faveur de la malignité

Les nodules benins asymptomatiques :

simple surveillance échographique régulière

Les nodules bénins gênants en raison de leur taille ou de leur position :

2 stratégies sont possibles

- Soit la chirurgie
- Soit les techniques non chirurgicales conservatrices mini-invasives guidées par échographie

    Pour le moment ces techniques sont réservées aux nodules dont le caractère bénin est confirmé par 2 cytoponctions, en cas de refus ou de contre-indication à la chirurgie. Parmi ces techniques, on distingue la thermoablation par laser, la radiofréquence et les ultrasons focalisés. Une réduction rapide (dès 6 mois), importante (de 50 à 70%) et durable (au moins 3 ans) est généralement obtenue

A RETENIR

                         Les nodules thyroïdiens constituent une pathologie fréquente puisqu’ils concernent plus de 5% de la population.

Même s’ils suscitent souvent l’inquiétude, ils sont dans l’immense majorité des cas bénins ce qui a conduit à réduire les indications chirurgicales.

Actuellement la scintigraphie n’a plus de place pour distinguer les nodules à opérer et ceux qu’il faut seulement surveiller.

C’est l’examen clinique et l’échographie thyroidienne avec la classification EU-TIRADS qui détermineront les nodules à cytoponctionner.

En cas de cytoponction douteuse ou positive un traitement chirurgical s’impose. Dans les autres cas, une simple surveillance échographique régulière est indiquée sauf si le nodule est gênant. Dans ce cas, certaines techniques miniinvasives comme la thermoablation laser, la radiofréquence ou les ultrasons focalisés peuvent être proposées en cas de refus ou de contre indication à la chirurgie.


La rupture thérapeutique chez le patient diabétique : acte de délivrance ou signal de détresse ? 10

La rupture thérapeutique chez le patient diabétique : acte de délivrance ou signal de détresse ?

La rupture thérapeutique chez le patient diabétique : acte de délivrance ou signal de détresse ?

La rupture thérapeutique. Voilà un thème central, commun et intime à la fois, au cœur du sujet et du soin, et pourtant peu abordé…

Lorsque l’on se renseigne, il existe des articles et des ouvrages mais ils parlent surtout de l’observance thérapeutique à savoir la capacité du patient à suivre les instructions médicales, à respecter son traitement et son suivi, en somme à être en adéquation avec sa maladie. Hors le diabète nous interroge, en tant que maladie chronique, permanente et évolutive, sur l’acceptation même de la maladie.

Abordée souvent comme un incident, un accident de parcours, un dysfonctionnement, la rupture thérapeutique est vue comme un défaut à corriger, un problème à régler. Mais que veut-elle dire ? Au sens propre il s’agit de l’interruption, qu’il s’agisse du traitement médicamenteux ou bien du suivi. Dans le dictionnaire, le mot « rupture » est défini comme la cassure, la cessation brusque de ce qui durait. Pourrait-on le voir comme la fin d’un équilibre ou au contraire l’expression d’un déséquilibre ?

De nombreux patients « chroniques » comme les patients diabétiques s’y trouvent confrontés. Ils expriment la perte voire l’absence de repère, ne comprennent pas ou plus la logique de leur diabète et peinent à rester acteurs d’un scénario qui leur échappe. Au niveau émotionnel : lassitude, tristesse, colère, frustration, injustice, punition, révolte sont énoncés comme autant de sentiments douloureux face à une maladie qui ne dit pas vraiment son nom. Pas de symptôme ou si peu, les signes physiques manquent et laissent le patient seul face au diagnostic, souvent source d’angoisse et d’incompréhension, face à un traitement parfois vécu comme opaque et contraignant. Le patient peut se sentir très seul face à une maladie qu’il faudrait maitriser sans même la ressentir !

Faute d’une annonce cohérente, explicite, adaptée au temps psychique de chacun, faute parfois de ressources individuelles, sociales et psychologiques suffisantes pour l’appréhender, la rupture semble intervenir comme un message désespéré… Derrière la rupture thérapeutique il n’est pas rare de constater un équilibre personnel rompu, celui d’une vie bousculée, de projets contrariés, d’une liste de problèmes auxquels le diabète vient s’ajouter…

La rupture thérapeutique nous interpelle sur l’enjeu du diabète. Comment intégrer cette réalité nouvelle sans disparaitre derrière elle ? Comment faire le deuil de la bonne santé sans renoncer à vivre tout ce qui reste possible? Face à elle l’alliance thérapeutique peut être une réponse.

Accorder au patient diabétique l’espace pour dire, sans culpabilité, ce moment où tout a lâché, c’est l’aider à aborder le diabète dans toute sa difficulté. C’est peut-être mieux comprendre avec lui ce qui l’y a poussé ? L’alliance thérapeutique est une perspective de plus en plus utile face à la maladie chronique. C’est la construction d’un lien de confiance et de respect soignant/soigné. C’est tenter de définir ensemble  des objectifs communs et adaptés, un espace où le dialogue est possible entre le savoir et l’expérience, car la stratégie thérapeutique n’a de sens qu’à rendre le patient acteur de son soin, sujet de sa maladie.

Alors parlons-en…