Comment parler de son diabète aux enfants ? 1

Comment parler de son diabète aux enfants ?

Aujourd’hui, dans le monde 1 personne sur  11 est  diabétique  dont 4,5 millions de personnes en France.  Toutes les tranches d’âge sont concernées que l’on soit soi-même diabétique ou proche d’un diabétique. Malheureusement, de nombreux enfants vivent  au quotidien avec un proche diabétique et il n’est  pas toujours facile de trouver les mots justes pour leur expliquer ce qu’est le diabète sans les inquiéter mais sans non plus, en minimiser les risques.

1/ Les tout-petits

« Dis-Mamie, pourquoi tu te pique le doigt ?  demande Jules en regardant avec inquiétude sa grand-mère prendre sa glycémie.

Justine, la maman de Jules se mord la lèvre bien embarrassée. Son petit garçon vient de fêter  ses  4 ans  et bien qu’il ne soit plus un bébé,  il est encore bien jeune pour comprendre des mots comme diabète, hypo-glycémie ou insuline.

Grand-mère Yolande fait semblant de ne pas entendre et demande au petit garçon d’aller se laver les mains.

Une scène ordinaire dans une vie ordinaire.

Comme Grand-mère Yolande,  Il peut vous sembler plus simple de faire la sourde-oreille  plutôt que répondre aux questions des tout-petits par désir de les protéger.

Cependant, face aux non-dits, les tout petits risquent de développer de l’anxiété qui peut se manifester par des cauchemars, des caprices, de l’agitation où même de la régression (l’enfant fait pipi au lit alors qu’il était propre).

Alors, comment leur parler ?

  • D’abord choisir le bon moment, où vous serez entièrement disponible.
  • Utiliser des mots simples adaptés à son âge et à son niveau de compréhension (remplacez par exemple le mot glucose par le mot sucre).
  • Il est possible d’expliquer à l’enfant que le corps a besoin de sucre (que l’on trouve dans les aliments) pour fonctionner comme une voiture a besoin d’essence pour rouler,
  • L’organe qui doit réguler cette quantité de sucre ne fonctionne plus ou peu et  la personne doit réfléchir à la place de cet organe qui ne fait plus son travail…Pour savoir si la dose de sucre est bonne , elle doit se piquer le bout du doigt, si le sucre est trop haut, elle se fait une piqure d’insuline et si le sucre est trop bas, elle doit en manger.
  • Montrez-vous rassurante,
  • N’hésitez pas à vous servir de livres pour enfants adaptés à son âge pour vous aider, à de petites vidéos pour enfants sur internet.
  • Posez des limites claires : l’enfant ne doit pas toucher aux médicaments pour jouer.
  • Laissez –leur du temps, chaque enfant est différent et chacun réagira différemment dans une même fratrie.
  • Montrez-vous à l’écoute et surtout expliquez-lui que vous serez toujours là pour répondre à ses questions

 2/ les 6-12 ans

Théo  8 ans se penche sur sa Maman qui s’est endormie sur la banquette. Elle est toute pâle et une fine pellicule de sueur recouvre son front.

«  Maman ? » s’étonne le jeune garçon en lui secouant le bras.

La jeune  femme ouvre les yeux et se redresse  péniblement. Sans un mot, l’enfant  court à la cuisine. Ce n’est pas la première fois que sa mère se retrouve dans cet état de faiblesse  et Théo sait ce qu’il doit faire. Il verse un grand verre de jus d’orange  qu’il apporte dans le salon.

« Merci mon grand »  murmure  la maman  en passant son free Style  sur son bras.

Dans cet exemple, on peut se rendre compte que Théo a reçu des renseignements simples mais pratiques qui lui permet d’affronter dans le plus grand calme l’hypoglycémie de sa maman.

Il est essentiel pour votre sécurité mais également pour la leur,  de leur apporter un maximum d’éléments à leur portée pour qu’ils puissent répondre aux situations d’urgences sans angoisse.

Quelques idées…

    • Lui apprendre à reconnaître les signes de l’hypoglycémie (pâleur, sueur, tremblements, fatigue, somnolence, vertiges, troubles de la parole, perte de connaissance…)
    • Lui expliquer la conduite à tenir en cas d’hypoglycémie :
    • Donner du sucre à la personne
    • S’il s’agit d’une pompe sous-cutanée, lui expliquer qu’il est possible d’arracher la pompe ou de déconnecter le cathéter si la personne est inconsciente.
    • Lui montrer où se trouve le Glucagon et lui apprendre à l’injecter.
    • Mettre à la portée de l’enfant les numéros à appeler en cas d’urgence.
    • Apprenez-lui l’adresse de la maison
    • Pensez à lui montrer comment fonctionne votre téléphone fixe ou portable.
    • N’hésitez pas à mettre en scène sous forme de jeu les différentes situations d’urgence

En conclusion, il est donc important de communiquer avec  les  enfants sur  la maladie et sa prise en charge  afin de dédramatiser le vécu de la situation.  Il ne faut pas hésiter à répondre à leurs questions s’ils en ont sans pour autant les surcharger d’information. Il faut également ne pas hésiter à leur apprendre les gestes d’urgence sous forme de jeu pour qu’ils soient moins angoissés si la situation se présente un jour.


Les édulcorants, dernières mises à jour scientifiques 2

Les édulcorants, dernières mises à jour scientifiques

Dr Radaoui Amina
Analyse et résumé de l’article « Edulcorants : du plus ou du moins ? » de Marc FANTINO, paru dans la revue Correspondances en Métabolisme Hormones Diabète et Nutrition.

 

 

Les édulcorants font toujours autant l’objet de discussion en nutrition humaine, ils suscitent doutes et inquiétudes sur leur utilité et leur sécurité. A travers ce résumé d’article, nous allons évoquer les données récemment établies concernant la sécurité sanitaire et les effets des édulcorants intenses, qui ont fait l’objet de récentes méta-analyses et d’une conférence de consensus.

L’utilisation d’une douzaine d’édulcorants intenses est actuellement autorisée dans l’Union Européenne. Ces édulcorants sont des ingrédients peu ou non caloriques qui procurent aux aliments et boissons une saveur sucrée, sans apport énergétique significatif. Le remplacement du sucre calorique par les édulcorants est un sujet d’actualité qui intéresse le grand public et les médias. Malheureusement de vives interrogations sont parfois véhiculées suscitant une peur chez les consommateurs non fondée scientifiquement. Au vu de l’ampleur du phénomène, les autorités de sécurité sanitaire internationales, dont l’OMS (organisation mondiale de la santé), se sont emparées du sujet pour discerner le vrai du faux en s’appuyant sur des données scientifiques crédibles. En novembre 2018, une conférence de consensus a réuni à Londres, 17 experts internationaux pour réaliser ce travail.

Tout d’abord il est important de souligner, qu’aucune agence sanitaire dans le monde, quel que soit le pays concerné (France, Europe, Angleterre, Etats-unis, Canada…) n’a émis une quelconque réserve, concernant les risques toxicologiques, carcinogènes ou génotoxiques des édulcorants autorisés dans le respect de leur dose journalière admissible (DJA), en sachant que la quantité d’édulcorant consommé au quotidien est généralement très inférieur à la DJA.

Concernant la prise alimentaire et la réduction de l’apport calorique, les études ont mis en évidence un bénéfice simplement à court terme avec une réduction moyenne de 250 kcal/j chez les consommateurs d’édulcorants. Mais cet effet ne semble pas durable. Il est donc simplement confirmé que les édulcorants ne sont pas des substances anorexigènes.

Concernant la régulation pondérale, les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre. La méta-analyse de Rogers et al., portant sur 12 études sélectionnées d’après des critères de qualité, met en évidence un indice de masse corporelle (IMC) moyen non modifié ou légèrement inférieur avec les édulcorants. Contrairement aux études épidémiologiques qui apportent peu de preuves permettant un meilleur contrôle pondéral avec les édulcorants, les études randomisées d’interventions et toutes les méta-analyses récentes rapportent que le remplacement des sucres caloriques par des édulcorants permet une baisse de poids ou une diminution de l’amplitude du gain sur le moyen ou le long terme. Certes cet effet positif sur le contrôle pondéral reste modeste, mais il est également confirmé par la conférence de consensus de Londres. Celle-ci a reconnu que « le remplacement des sucres par des édulcorants pour diminuer la densité énergétique des aliments et des boissons réduit l’apport énergétique net et aide à la gestion du poids ».

Concernant le diabète et le risque cardiovasculaire, les études épidémiologiques s’accordent à confirmer que l’usage des édulcorants est associé à une moindre consommation de sucre et qu’il n’a aucun effet négatif sur la glycémie ou d’autres facteurs de risque cardiovasculaires (cholestérol, triglycéride…). La conférence de consensus londonienne a également émis les mêmes conclusions, elle souligne que les édulcorants ont un intérêt dans la prise en charge nutritionnelle du diabète, parce qu’ils réduisent les apports de sucres.

En conclusion, il ressort de l’ensemble des travaux disponibles que les édulcorants intenses autorisés, dans les conditions d’emploi officiellement prescrites, ont un intérêt en nutrition humaine, certes modeste, mais significatif, pour une meilleure gestion du poids, du diabète et sans aucun des effets délétères dont ils sont suspectés.


LES DIFFÉRENTS TYPES DE DIABÈTE 3

LES DIFFÉRENTS TYPES DE DIABÈTE

mis en ligne par le Dr Céline Eid d’après la publication de l’OMS sur la Classification des diabètes sucrés (2019) et d’après la communication du Pr José TIMSIT aux Journées Guéritée (novembre 2019)

Le diabète est une maladie chronique qui survient lorsque le pancréas ne produit pas assez d'insuline ou lorsque l'organisme n'est pas capable d'utiliser efficacement l'insuline qu'il produit. Il en résulte une augmentation du taux de glucose dans le sang ou hyperglycémie.

Le diabète est défini par :
- une glycémie à jeun supérieure ou égale à 1,26 g/L (7 mmol/L)
- ou une glycémie 2 heures après charge orale en glucose supérieure ou égale à 2 g/L (11,1 mmol/L)
- ou une glycémie supérieure à 2 g/l à n’importe quel moment de journée en présence de symptômes d’hyperglycémie

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a révisé en juin 2019 la classification des diabètes, distinguant ainsi les formes « hybrides » et les formes « non classées » qui n’existaient pas dans la précédente classification de 1999.

On distingue ainsi les types de diabètes suivants :

DIABÈTE DE TYPE 1

Le diabète de type 1, qui concerne 5 à 10 % des patients diabétiques, est défini par un déficit quasi-complet de la sécrétion en insuline (= insulinopénie) lié à une destruction des cellules bêta pancréatiques médiée, la plupart du temps, par le système immunitaire. Il se caractérise par la présence de marqueurs d’auto-immunité anti- cellules bêta (anticorps anti GAD, anti insuline, anti IA-2, anti ZnT8 dosables dans le sang).

Classiquement, le diabète de type 1 se révèle chez un enfant ou adulte jeune, mince, et se manifeste par la survenue d’une diurèse abondante, liée à l’hyperglycémie, associée à une soif excessive avec augmentation des apports liquidiens ; c’est le syndrome polyuro-polydipsique. Il s’y associe un amaigrissement voire une acido-cétose diabétique en rapport avec une carence profonde de la sécrétion en insuline.

En pratique, tous les tableaux cliniques peuvent être révélateurs d’un diabète de type 1, de l’acido-cétose sévère au simple dépistage d’une hyperglycémie modérée en passant par le diabète diagnostiqué au cours de la grossesse.

DIABÈTE DE TYPE 2

Le diabète de type 2, dont l’incidence est en augmentation, représente 90 % des cas de diabètes. Il résulte d’anomalies quantitatives et qualitatives de la sécrétion en insuline qui devient insuffisante pour compenser une insulinorésistance. Il est favorisé par des facteurs environnementaux et génétiques ; il s’agit d’un diabète polygénique, c’est-à-dire que plusieurs gènes sont impliqués. Il est souvent la conséquence d'un surpoids ou d’une obésité associés à une activité physique insuffisante.

LES FORMES HYBRIDES DE DIABETE

1) Le diabète auto-immun de développement lent

appelé anciennement LADA pour « Latent Autoimmune Diabetes in Adults » ou Diabète de type 1 lent.
Il se distingue du diabète de type 1 « classique » par une progression plus lente vers la destruction des cellules bêta pancréatiques. Son mode de révélation diffère de la carence insulinique aiguë et peut laisser croire à un diabète de type 2 mais, contrairement à celui-ci, il évolue plus rapidement vers un traitement insulinique et est associé à la présence de marqueurs d’auto-immunité.

2) Diabète de type 2 cétosique

Il se caractérise par des épisodes de cétose chez un patient présentant des symptômes d’hyperglycémie et de carence insulinique, mais, contrairement au diabète de type 1, le système immunitaire n’est pas impliqué. L’évolution ultérieure est semblable à celle du diabète de type 2, les patients pouvant se passer d’insuline une fois la phase aiguë jugulée.
Cette forme de diabète est majoritairement observée dans les populations africaines sub-sahariennes et afro-américaines (diabète africain).

LES AUTRES TYPES DE DIABÈTE

1) Les diabètes monogéniques

Les diabètes monogéniques ont été initialement décrits, sous le terme de MODY (Maturity-Onset Diabetes of the Young), comme une forme de diabète non cétosique, non insulino-dépendant, survenant avant l’âge de 25 ans et de transmission autosomique dominante, touchant plusieurs générations successives, suggérant l’anomalie moléculaire d’un gène unique. Les diabètes monogéniques peuvent se révéler en période néo-natale ou dans la petite enfance mais peuvent également être diagnostiqués à l’adolescence ou l’âge adulte. Le diabète peut s’associer à d’autres symptômes dans le cadre de formes syndromiques.
Chez l’enfant et l’adulte, des études de population ont montré que les diabètes monogéniques concernaient au moins 1 à 2 % de l’ensemble des diabètes.

2) Autres causes de diabète

- Les atteintes pancréatiques telles qu’un traumatisme, une chirurgie, une tumeur, une inflammation aiguë ou chronique du pancréas (pancréatite)…

- Les désordres endocriniens avec sécrétion excessive d’hormones antagonistes de l’insuline (hyperthyroïdie, hypercorticisme, acromégalie, phéochromocytome, glucagonome…)

- Les causes iatrogènes : médicaments ou substances chimiques qui altèrent la sécrétion ou l’action de l’insuline (cortisone par exemple) ou qui détruisent les cellules bêta pancréatiques

- Certaines infections virales associées à une destruction des cellules bêta

- Les formes spécifiques de diabète associées à des pathologies immunitaires rares

- Les autres anomalies chromosomiques ou génétiques associées au diabète (trisomie 21…)

LES FORMES NON CLASSÉES

Cette catégorie ne doit être utilisée que temporairement lorsqu’il n’est pas possible de classer le diabète notamment au moment du diagnostic.

HYPERGLYCÉMIE DIAGNOSTIQUÉE DURANT LA GROSSESSE

1) Diabète gestationnel

Le diabète gestationnel se caractérise par la survenue, au cours de la grossesse, d’une hyperglycémie au-dessus des valeurs normales de grossesse mais à des valeurs inférieures à celles conduisant à poser le diagnostic de diabète de type 1 ou de type 2.

Il est défini par les critères OMS de 2013, c’est à dire par :
- une glycémie à jeun supérieure ou égale à 0,92 g/L (mais inférieure à 1,26 g/L)
- ou une glycémie une heure après une charge orale de 75 g de glucose supérieure ou égale à 1,80 g/L
- ou une glycémie deux heures après charge orale en glucose supérieure ou égale à 1,53 g/L.

Le diabète gestationnel est généralement diagnostiqué sur le dépistage des femmes à risque et nécessite une prise en charge adaptée en raison du risque accru de complications materno-fœtales et néonatales en cas d’hyperglycémie.

2) Diabètes diagnostiqués au cours de la grossesse

Si la glycémie à jeun est d’emblée supérieure à 1,26 g/L ou si la glycémie 2 heures après charge orale de glucose dépasse les 2 g/L, il s’agit en général d’un diabète de type 1 ou de type 2 méconnu ou se révélant en cours de grossesse.

EN CONCLUSION

Le diabète de type 2 et le diabète de type 1 représentent plus de 90 % des cas de diabète mais les formes sont hétérogènes et l’on peut parfois méconnaître un diabète d’un « autre type ». Aussi, un diagnostic étiologique précis a des conséquences pratiques sur la prise en charge, le suivi et le traitement du patient lui-même mais également de sa famille dans certaines situations.


Être diabétique à l’heure de la modernité… 4

Être diabétique à l’heure de la modernité…

Ces dernières décennies, de nombreuses avancées thérapeutiques ont marqué la diabétologie avec notamment l’avènement d’outils de mesure comme les capteurs de glycémie mais aussi de traitements tels que les pompes à insuline, de plus en plus modernes. Au-delà de l’aspect pratique dans la gestion du diabète au quotidien et de l’amélioration significative attendue dans l’équilibre glycémique, ces outils sont autant d’objets reliés au corps et à l’esprit du malade. Souvent accueillis comme une aide précieuse, symboles d’efficacité et de fiabilité, ils peuvent aussi susciter le doute face à trop de technicité, voire générer de l’angoisse en réveillant le traumatisme d’une maladie difficile à accepter. Comment expliquer cette contradiction ? Quels sont les enjeux de cette étape thérapeutique dans la prise en charge du patient diabétique ?

Devenir diabétique signifie, pour le sujet, cheminer à travers des étapes de l’ordre du deuil. D’abord sidéré par l’annonce du diagnostic, il se heurte à ses propres représentations de la maladie en général et du diabète en particulier : tantôt redouté, tantôt ignoré. Selon les ressources et la prise en charge dont il dispose, le patient avance ensuite dans la compréhension du fonctionnement, du traitement et des enjeux de la maladie chronique. A ce parcours initiatique se mêlent des mouvements émotionnels perturbants et contradictoires (tristesse, peur, colère, motivation, espoir…). Plus l’accompagnement est adapté et complet, mieux le diabétique parvient à faire le tri entre ses propres croyances chargées d’émotions et la construction d’un savoir et d’une expérience qui deviennent eux-mêmes un savoir-être diabétique. Mais cela ne suffit pas forcément à équilibrer le diabète et c’est là que peut se poser la question de nouveaux outils.

Il n’est pas rare que cette mise en place fragilise le patient diabétique. Tout est une question d’équilibre et de repères lentement acquis. Le patient s’est organisé, structuré (horaires, hygiène de vie, contrôles, modalités de prise du traitement ou de correction de la glycémie) ou au contraire il sort d’une période de rupture thérapeutique, dans le flou et la perte de repères. Le nouvel outil thérapeutique vient modifier cette organisation. Cela peut générer une certaine anxiété, la peur de perdre le contrôle et de déséquilibrer son diabète. Dans cette difficulté à lâcher-prise, la dimension de contrôle est omniprésente, ainsi que la culpabilité et le manque de confiance en soi. L’arrivée d’un outil plus moderne peut être vue comme le résultat d’un échec « je ne suis pas capable seul », « j’ai commis des erreurs »… Elle réveille parfois un sentiment d’injustice et un vécu punitif que certains ont éprouvé à l’annonce du diagnostic.

 

En parallèle, le sujet diabétique se trouve au défi d’apprivoiser la machine. Malgré le temps consacré par les soignants à l’éducation et l’accompagnement proposé (hospitalier, IDE en libéral, prestataires) un temps de sidération peut ralentir la compréhension du fonctionnement de l’appareil. Il peut être délicat de faire confiance à la machine, par peur des conséquences glycémiques. Le patient en manipulant la machine, peut avoir le sentiment de « jouer » avec sa santé. Enfin la barrière générationnelle pour des patients plus âgés. Il faut préciser aussi qu’au-delà de la pédagogie, c’est par la pratique dans son quotidien que le patient va vraiment expérimenter cette nouveauté. Bien conscient de cet enjeu, c’est avec appréhension et une certaine solitude qu’il peut s’y projeter. « Et si je n’y arrivais pas ? Et si la machine tombait en panne ? Et si elle se trompait ? »

Enfin la machine peut être déshumanisante. Un corps étranger collé voire branché à la peau, qui émet des sons à portée anxiogène… C’est un assistant dans la gestion du diabète mais c’est aussi ce qui le rend visible ! Comment faire avec cet objet à la fois traitement et symptôme ? Certains patients ont du mal à négocier avec cette question du visible. C’est encore une fois la question de l’identité qui se pose : « suis-je malade au point que cela se voie ? Puis-je échapper à cette réalité ou me suivra-t-elle dans tous les instants de ma vie et de mon intimité ? » La visibilité du diabète questionne le sujet dans toutes les sphères de sa vie : professionnelle, affective et sociale. Que dire de sa maladie chronique et comment en parler ? Qu’est-ce que cela pourrait changer ?

 

Comme dans toute maladie chronique, l’acceptation est en enjeu permanent et il semble que rien ne soit jamais vraiment acquis. Chaque étape de la maladie, même thérapeutique, renvoie le sujet à la façon dont il peut l’intégrer dans son identité et sa dynamique de vie, ainsi même à ses ressources et à ses failles. L’alliance thérapeutique n’impose pas, elle propose. Dans la confiance du lien, dans la connaissance mutuelle, des outils modernes peuvent trouver leur place si le patient se sent la liberté de les appréhender avant de pouvoir les apprivoiser. Laisser au patient le temps et la place d’exprimer ses doutes, parfois même ses angoisses et son rejet, c’est revenir avec lui sur l’essence même de la chronicité : contraignante, omniprésente et aliénante.

Lorsque le patient se sent entendu et respecté dans ce qui fait obstacle, il est souvent plus facile de se projeter ensemble dans ce qui est réalisable. Cela peut être une façon d’ouvrir un espace pour l’affirmation de soi à travers la découverte puis l’appropriation de l’appareil, au rythme qui sera le sien. Envisager une période d’essai et rappeler que le refus reste sa liberté, c’est éviter qu’une relation de contrainte ne s’installe et ne vienne affaiblir le lien thérapeutique, favorisant un éloignement et des prises de risque. Il s’agit avant tout de chercher un compromis essentiel entre les contraintes de la maladie et le confort d’un équilibre glycémique qui permette de vivre. Comme disait Claude Lévi Strauss « Chaque progrès donne un nouvel espoir, suspendu à la solution d’une nouvelle difficulté. »

 


Quel avenir métabolique pour les enfants nés de mères diabétiques ?

Article mis en ligne par le Docteur Nelly MORTINIERA, tiré de l’article de A. - C. Le Guillou et A. Vambergue. Pôle endocrinologie et diabétologie, Hôpital Claude Huriez, CHRU de Lille, publié dans la revue diabétologie Pratique

 

Introduction :

On sait aujourd’hui, que l’exposition d’un fœtus à l’hyperglycémie de sa mère va entraîner la survenue d’un syndrome métabolique (c’est-à-dire la possibilité de présenter un diabète, une obésité ou un surpoids, une hypertension artérielle…) dès l’enfance, l’adolescence et /ou lorsque cet enfant atteindra l’âge adulte :  comment et pourquoi ?

                    

Ces enfants vont-ils développer un surpoids ou une obésité ?

Chez les enfants nés de mères diabétiques toutes les études scientifiques faites ont montré que le risque d’obésité dans l’enfance ou l’adolescence est important d’environ 60% alors qu’il n’est que de 17% chez les enfants nés de mères non diabétiques. Ce risque d’obésité est plus élevé chez les enfants nés de mères diabétiques que de pères diabétiques. Ceci permet de mettre en évidence le rôle prépondérant de l’hyperglycémie maternelle pendant la vie intra-utérine du fœtus.

 

Faut –il être un gros bébé à la naissance pour être en surpoids ou devenir obèse ?

En d’autres termes faut-il que notre mère ait fait du diabète de grossesse pour développer un surpoids ou une obésité ? La plupart des études faites ont démontré que les femmes présentant un pré-diabète pendant la grossesse, un diabète gestationnel avéré ou un diabète de type 2 ont 20% de risque d’avoir des enfants en surpoids ou obèses. Ces études ont également pu confirmer la présence d’une altération précoce du métabolisme des graisses chez ces enfants dès qu’il existe une exposition à des concentrations élevées de glucose pendant leur vie intra-utérine. Ce qui favorise leur prise de poids.

                           

 

Ces enfants deviendront-ils un jour diabétiques ?

Les études menées sur différents groupes de femmes enceintes : portant sur l’âge avancé au moment de la grossesse (au-delà des 35 ans), la présence d’une obésité franche ou un surpoids pendant la grossesse, d’un diabète de type 2 ou d’un pré diabète, montrent que les enfants nés de ces femmes ont un risque élevé d’au moins 50% (1 sur 2) de développer un diabète dès l’adolescence ou l’âge adulte. En revanche il existe peu de données dans la littérature sur les enfants nés de mères diabétiques de type 1.

Ces enfants deviendront –ils hypertendus ?

L’analyse d’un grand nombre d’études portant sur les pressions artérielles des enfants nés de mères diabétiques, porteuses d’un pré-diabète ou d’un diabète de grossesse, ont montré que les pressions artérielles chez ces enfants étaient toujours de quelques millimètres de mercure plus hautes que celles des enfants nés de mères non diabétiques. Au final ces enfants sont prédisposés à devenir hypertendus.

Conclusion :

Si l’exposition fœtale à l’hyperglycémie maternelle favorise la survenue du surpoids, de l’obésité, du diabète ou de l’hypertension artérielle chez les enfants nés de mères présentant un pré-diabète, un diabète de grossesse ou un diabète de type 2 avéré, très peu de données existent dans le cas du diabète de type 1. On ignore également si le contrôle précoce de ces troubles chez ces femmes peut empêcher ces enfants de développer à leur tour ces mêmes troubles. Mais malgré la présence de nombreuses incertitudes autour de l’avenir de ces enfants, il apparaît clairement qu’il existe des périodes de vulnérabilité pendant notre vie intra-utérine durant lesquelles peuvent survenir des modifications qui vont conditionner notre avenir métabolique. Cela a permis de définir le concept de programmation des maladies chroniques.


Trucs et astuces pour le Free Style Libre (FSL) 5

Trucs et astuces pour le Free Style Libre (FSL)

Le capteur Free Style Libre a révolutionné le quotidien des patients diabétiques insulinés en leur permettant de prendre le contrôle de leur maladie grâce à la mesure en continu de leur taux de sucre sans avoir à se piquer le bout du doigt. Cependant, les patients rapportent des accidents de décollement (fréquents surtout en cette période estivale) ou d’allergie. Cet article vise à vous donner des astuces afin de limiter ces désagréments.

Petit rappel des bonnes pratiques pour la pose du FSL

- Faire bien attention au site de pose du capteur : en effet, si vous le posez trop près de l’épaule, zone qui est très sujette aux mouvements, il aura plus facilement tendance à se décoller. Penser à le poser bien à l’arrière du haut de votre bras, qui reste généralement moins sollicité pendant vos activités quotidiennes.
- N’hésitez pas à nettoyer la peau avec du savon et de l’eau, avant d’appliquer la lingette imbibée d’alcool si votre peau a tendance à être grasse.
- Bien attendre que la peau soit sèche (ne pas souffler) avant de poser le capteur.
- Si vous êtes poilu, la zone choisie pour la pose devra être épilée.

Au secours, mon capteur se décolle !

Malgré ces conseils votre capteur se décolle facilement ? La transpiration, la chaleur, la qualité de votre peau, le sport, les baignades, les crèmes hydratantes ou les crèmes solaires… peuvent en être la raison. Mais il existe des solutions.

Pour améliorer l’adhésion il existe :
- des sprays adhésifs comme le Cavillon (en vaporisateur), le Tensospray, le Skin Prep ou le Skin Tac qui forment un film protecteur incolore à effet collant anti-glisse entre la peau et l’adhésif du capteur.

                       

 

- Les bandes adhésives de type K-tape, Rock-tape. Ce sont des bandes de taping kinésiologique adhérentes qui sont utilisées par de nombreux professionnels de la santé et du sport en traitement des blessures. Elles contiennent un adhésif hypoallergénique, à base d’acrylique, sans latex qui permettent de maintenir le capteur en place.

           

 

- Les pansements en polyuréthane de type tégaderm que l’on peut coller par-dessus le capteur ou mieux encore, tout autour du capteur afin de ne pas créer de « poche d’air » entre le capteur et la peau.

 

- Des patchs adhésifs prédécoupés qui augmente la surface adhérente du capteur

- Les pansements Secuderm, composé d’un film protecteur non collant et d’un gel adhésif indépendant qui est appliqué autour de la zone à protéger. Ce type de pansement est breveté et a été validé pour des plongées allant jusqu’à -60m par la Marine Nationale.

             

 

- Le déodorant détranspirant de type EtiaXil (en pharmacie) par exemple peut être appliqué sur la zone à piquer en cas de décollement du capteur lié à une transpiration importante.

- La teinture de benjoin qui peut également être utilisée pour dégraisser la peau et améliorer ainsi l’adhésion du capteur.

 

Comment protéger mon capteur des arrachements au sport ?

Lorsque vous faites du sport, la meilleure solution reste les brassards. Il en existe des spécialisés (exemple sur le site colore ma vie). Ces brassards peuvent en plus de protéger votre capteur, vous permettre de transporter votre téléphone lorsque vous courez ou bien de briller dans le noir en cas d’activité physique la nuit.

             

Il existe également des brassards waterproof (qui résistent à l’eau).

S’il y a des adeptes de la couture parmi vous, vous pouvez également vous fabriquer un brassard à partir de chaussettes.

             

Pour cela il vous faut une paire de chaussettes dont la taille est adaptée à votre bras (le tour de la cheville est souvent équivalente au tour de bras). Vous coupez le haut de la première chaussette au dessus du talon et l’élastique de la deuxième chaussette. Assemblez le tout en enfilant le tube de la chaussette sur un verre par ex.

               

 

Ce type de brassard convient parfaitement aux enfants et leur permet de disposer de modèles colorés, aux motifs originaux.

Aïe ! Je suis allergique au capteur !

La principale cause de l’allergie au FSL serait due à un des composants internes du dispositif : l’isobornyl acrylate (environ 0.2% des utilisateurs). Il n’est pas présent directement dans la colle utilisée mais sert de jointure entre les 2 parties de la coque du capteur. Il peut exceptionnellement se retrouver au contact de la peau. Dans ce cas, les patients se plaignent d’irritations cutanées ou d’eczéma pouvant nécessiter une prise en charge médicale.

En mai 2019, les composants du FSL ont été modifiés afin de diminuer ce risque d’allergie de contact. Cependant, il semblerait qu’il existe d’autres allergènes contenus dans le FSL car certains patients ont fait des réactions cutanées sans être allergique à l’isobornyl acrylate.

- En cas de réaction cutanée modérée : vous pouvez protéger votre peau par un film transparent (type tegaderm) afin que le capteur ne soit pas directement en contact avec votre peau. Il est également possible d’utiliser les films protecteurs cités précédemment (cavillon, skin-prep…) sous forme de spray ou de lingettes imbibées. Ils forment une barrière protectrice de la peau en plus d’assurer une meilleure adhérence du capteur.
- En cas de réaction cutanée importante vous pouvez protéger la peau du site à piquer par un pansement hydrocolloïde (de type duoderm).
Dans tous les cas, les personnes ayant constaté des réactions cutanées après l’utilisation du FSL doivent arrêter son utilisation et demander l’avis de leur médecin avant de le reprendre.


Diabètes et Traitements anticancereux 6

Diabètes et Traitements anticancereux

Par le docteur Bénichou

Au cours de ces dernières années, l’immunothérapie est devenue un traitement de choix pour la prise en charge d’un certain nombre de cancers dont par exemple les mélanomes.

Ces immunothérapies peuvent provoquer des effets indésirables touchant surtout la peau, le tube digestif mais aussi le système endocrinien. Les effets endocriniens les plus fréquents concernent l’hypophyse et la thyroïde. Mais des cas de diabète insulinodépendant ont également été rapportés. Ces diabètes dits insulinopéniques c'est à dire due à une carence en insuline conduisent fréquemment à des acidocétoses voire à des diabètes fulminants. Il s’agit donc d’une atteinte rare mais aux conséquences potentiellement graves compte tenu du caractère brutal de la maladie.

Pourquoi ?

 

Il s’agit probablement d’une toxicité directe de l’immunothérapie au niveau des cellules du pancréas fabriquant l’insuline ( Ilots de Langhérans) appelée insulite.

 

 

Diagnostic ?

On retrouve les symptômes classiques liés à la carence en insuline cad  soif , fatigue, envie d’uriner.

Le diagnostic est confirmé par une prise de sang retrouvant un taux de sucre dans le sang très élevé. Dans les formes les plus sévères qui sont majoritaires (57% des cas dans les études publiées) il existe déjà une décompensation aiguë du diabète à savoir une acidocétose .

Le diabète est diagnostiqué dans un délai médian de 5 mois après le début du traitement par immunothérapie.

Il est à noter que les autoanticorps (Anticorps anti GAD, anti IA2 , anti ZnT8) sont présents dans environ 50% des cas mais leur dosage avant de demarrer l immunotherapie est inutile car leur présence ne semble pas prédire la survenue d’un diabète.

En revanche il semble y avoir une prédisposition génétique avec une fréquence augmentée du génotype HLA-DR4 présents chez 76% des patients ayant developpé un diabète sous immunotherapie .

Compte tenu du caractère souvent très brutal de ce diabète, il est important d’éduquer le patient à la reconnaissance des symptômes annonciateurs comme besoin de boire ou d’uriner beaucoup, douleur abdominale, vomissements.

Traitement ?

Le traitement se fait par insuline. Le diagnostic du diabète impose la mise en place d’une insulinothérapie mais l immunothérapie pourra être poursuivie. La survenue d’un diabète ne contre indique donc pas la poursuite de l’immunothérapie.  Néammoins, en cas de situation sévère, l’immunothérapie pourra être décalé de quelques jours.

 

Et après ?

Le diabète induit par l’immunothérapie présente un caractère définitif et nécessite donc la poursuite de l’insuline à l’arrêt de l’immunothérapie .

Conclusion

La survenue d’un diabète induit par une immunothérapie anticancéreuse nécessite une prise en charge concertée entre endocrinologue et oncologue

Ce risque rare mais grave nécessite une éducation du patient mais aussi une réactivité de l’oncologue pour une prise en charge rapide et adaptée.

 


QU’EST-CE QUE L’INDEX GLYCÉMIQUE ? 7

QU’EST-CE QUE L’INDEX GLYCÉMIQUE ?

mis en ligne par le Dr EID, d’après un article de Valérie ROSSIGNOL publié dans Diabète et Obésité, n°135, Vol 15, juin 2020

 

Le concept d’index glycémique

On a longtemps cru que la vitesse de passage du glucose dans le sang dépendait de la structure des glucides. Les sucres dits « lents », présentant une structure complexe, tels que l'amidon, étaient supposés être digérés lentement tandis que les sucres dits « rapides », correspondant aux glucides simples, étaient censés élever rapidement la glycémie.

Or cette classification, qui repose uniquement sur la structure biochimique des glucides, ne prend pas en considération l’effet physiologique des aliments sur la glycémie.

En 1981, Jenkins, un chercheur canadien, fait voler en éclats la classification traditionnelle glucides simples / glucides complexes avec un nouveau concept, celui de l'index glycémique.
En 1984, une étude française montre, chez des patients diabétiques de type 2, un profil glycémique identique après la consommation de pain ou de saccharose au petit-déjeuner, pour une même quantité de glucides.

L’index (ou indice) glycémique indique la capacité d’un aliment à élever la glycémie. Il est calculé en mesurant l’effet sur la glycémie de 50 g de glucides contenus dans un aliment par rapport à l’ingestion de 50 g de glucose. Il se mesure sur une échelle graduée de 0 à 100 et s’exprime en pourcentage par rapport à un aliment de référence : le glucose (dont l’index glycémique est de 100).

L’index glycémique est une notion différente de la teneur en glucides des aliments. Ce n’est pas parce qu’un aliment est riche en glucides qu’il a un index glycémique élevé et inversement. Les glucides qui font grimper fortement et rapidement la glycémie ont un index glycémique élevé.

 

Classification des aliments selon l’index glycémique :

- L’index glycémique est dit bas ou faible s’il est inférieur à 55. C’est le cas de la plupart des légumes, de certains fruits frais, des oléagineux, des pâtes complètes...
- Entre 55 et 70, l’index glycémique est dit moyen.
- Au-dessus de 70, l’index glycémique est fort (aliments raffinés, sucreries, sirops mais aussi pomme de terre cuite, pain blanc.)

 

Comment diminuer l’index glycémique d’un repas ?

L’index glycémique est toujours donné fixe mais il varie en fonction de divers paramètres :
- la maturité de l’aliment : plus un fruit est mûr, plus son index glycémique est élevé,
- de sa cuisson : plus l’aliment est cuit, plus son index glycémique est élevé,
- de son intégrité structurelle : plus il est raffiné, plus son index glycémique est élevé.

Le contexte alimentaire agit également sur la réponse glycémique : si l’aliment est consommé seul ou au cours d’un repas, la variation de la glycémie ne sera pas la même.

Ainsi, pour diminuer l’index glycémique d’un repas et agir sur la glycémie post-prandiale, on peut user de diverses stratégies, par exemple :
- Associer des aliments avec des index glycémiques différents en favorisant les aliments à index glycémique bas
- Associer des aliments glucidiques à des aliments non glucidiques (protéines, lipides) dans le cadre de repas équilibrés
- Privilégier la consommation d’aliments riches en fibres à chaque repas : légumes crus ou cuits, céréales complètes, légumes secs…
- Eviter de trop cuire les aliments (privilégier donc les pâtes « al dente » plutôt que les pâtes trop cuites). Les carottes crues ont un index glycémique de 16. Celui-ci s’élève à 47 lorsqu’elles sont cuites.
- Privilégier des aliments peu ou pas transformés.
Les aliments industriels ou ayant subi une transformation ont généralement un index glycémique plus élevé (pain de mie même complet, purée, compote…)

La notion de charge glycémique

Certains aliments ont un fort taux de glucides mais un index glycémique faible et inversement. Alors, que privilégier ? Il est intéressant dans ce contexte de considérer la charge glycémique qui corrèle l'index glycémique d'un aliment à la quantité de glucides présents dans la portion de l'aliment étudié. Elle est obtenue en multipliant l’index glycémique de l’aliment par la quantité de glucides contenue dans la portion ingérée et en divisant le tout par 100. La charge glycémique est faible en dessous de 10 et élevée au-dessus de 20.

En conclusion

La teneur en glucides d’un aliment n’explique pas à elle seule l’ascension de la glycémie post-prandiale qui peut varier selon l’index glycémique de l’aliment pour une même quantité de glucides.
L’index glycémique de chaque aliment peur être modifié selon le mode de préparation et de consommation et peut varier d’un individu à l’autre.
Un nouveau concept s’est récemment inspiré de l’indice glycémique : la charge glycémique, qui, contrairement à l’index glycémique, intègre la quantité de glucides, et apporte ainsi une vision plus précise de l'effet de la ration consommée sur les variations de la glycémie.


Reprise de l’activité physique après le confinement, les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique 8

Reprise de l’activité physique après le confinement, les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique

Mis en ligne par le Dr Amina RADAOUI,
Résumé d’un article de la Fédération Française de Diabète

Dans ce contexte de crise sanitaire, et après avoir été sollicité par la direction générale de la santé, le Haut Conseil de Santé Publique encourage la reprise de l’activité physique adaptée après le confinement aux personnes atteintes d’une maladie chronique, notamment aux patients en récupération d’une infection COVID. Des recommandations ont été rédigées sur la nécessité et le contexte de la reprise d’une activité physique adaptée.

Rappel des bénéfices d’une activité physique adaptée :

En 2011, l’HAS a considéré l’activité physique comme une thérapeutique non médicamenteuse utile dans la prévention des pathologies chroniques comme le diabète. Son effet thérapeutique a été démontré par l’expertise collective de l’Inserm. Elle précise que l’activité physique adaptée doit être réalisée entre 2 à 3 fois par semaine (séances de 30 à 60 minutes). Elle permet de réduire la mortalité, la morbidité (complications chroniques), et l’entrée en dépendance pour les pathologies suivantes : maladies cardio-vasculaires, cancer, dépression, schizophrénie, maladie ostéo-articulaire, diabète et obésité.

Qu’en est-il de la prescription d’une activité physique ?

Selon le Haut Conseil de la Santé Publique, la prescription d’une activité physique par un professionnel de santé est indispensable aux patients atteints d’une maladie chronique. Une évaluation de l’aptitude physique et fonctionnelle doit être réalisée via un test de marche de 6 minutes et de force de préhension afin d’envisager avec le patient une activité adaptée à sa condition physique.

Que recommande le Haut Conseil de la santé publique pour la reprise de l’activité physique adaptée aux patients en affection de longue durée (ALD) ou ayant des facteurs de risque ?

Afin d’assurer la reprise de l’activité physique adaptée de ces patients, le Haut Conseil recommande les conditions suivantes, dans le respect des consignes de sécurité sanitaire :

• Une distance physique de sécurité d’au moins 1 mètre et de 4 mètres carré autour des personnes doit être respectée dans l’espace d’exercice. Au vu de la difficulté de port du masque dans ce contexte, il est conseillé d’augmenter cette distance.

• L’encadrement de la pratique sportive doit désigner un référent COVID-19 salarié, ou prendre cette responsabilité lui-même, pour formaliser les règles de prévention et les adapter aux locaux, afin de prévenir la transmission du virus et faire respecter les gestes barrières.

• Les craintes et les réticences des patients à l’égard du COVID-19 doivent être prises en compte pour assurer un retour progressif à la pratique sportive et à sa continuité. La régularité de cette activité contribue à l’amélioration du système immunitaire.

La reprise de l’activité physique est hautement recommandée pour son effet thérapeutique et bénéfique sur la santé et le bien être des patients. Il est conseillé pour les patients ayant arrêtés leur activité pendant le confinement, une reprise progressive de leurs habitudes. Une alimentation équilibrée et la pratique d’une activité physique régulière contribuent à la diminution des risques de maladies chroniques, et améliorent la qualité de vie des patients.

 


Diabète et Grand âge 9

Diabète et Grand âge

En France, la moyenne d’âge des personnes diabétiques est de 65 ans, un quart d’entre elles a plus de 75 ans, la majorité souffrant d’un diabète de type 2.
Le diabète des personnes âgées est donc actuellement un réel problème de santé publique.

A quel âge est-on considéré comme « vieux » ?

Pour un enfant, on est vieux dès 45 ans voir même avant.
Dans certains milieux professionnels, la cinquantaine passée, on est « dépassés », « obsolètes » et parfois même dès 30 ans, en particulier dans le milieu sportif.
Pour l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques), on entre dans la catégorie des personnes âgées dès 65 ans, ce qui correspond généralement à l’âge de la retraite.

Et pour les diabétologues ?

Usuellement en médecine une personne est considérée comme âgée à partir de 75 ans. Cependant, il est plus juste de tenir compte en priorité de l’âge physiologique des patients.

Mais qu’est-ce que l’âge physiologique ?

Il reflète l’état physiologique ou fonctionnel exact de l’individu. C’est-à-dire qu’il tient compte des atteintes des principaux systèmes physiologiques (pathologies cardio-vasculaires, cérébrales, métaboliques, neurologiques…) et de l’état de dépendance des personnes.

En fait, il correspond à l’âge réel de notre corps et non à celui basé sur notre date de naissance.
Par exemple, une personne de 80 ans en bonne santé, qui pratique une activité physique régulière peut avoir le cœur d’une personne de 50 ans et inversement.

L’HAS (Haute Autorité de Santé) définie quant à elle trois catégories parmi les plus de 75 ans en fonction de leur état de santé :

- les personnes dites « vigoureuses » : en bon état de santé, indépendantes et bien intégrées socialement,
- les personnes dites « fragiles » : à l’état de santé intermédiaire et à risque de basculer dans la catégorie des malades. Elles sont décrites comme une population vulnérable, avec des limitations fonctionnelles motrices et cognitives et une baisse des capacités d’adaptation
- les personnes dites « malades » : dépendantes, en mauvais état de santé en raison de poly-pathologies chroniques évoluées, parfois génératrices d’handicap et d’isolement social.

Quelles sont les spécificités de la prise en charge du diabète chez les personnes âgées ?

Les personnes âgées dites « vigoureuses » et dont l’espérance de vie est jugée satisfaisante peuvent bénéficier de la même prise en charge que les sujets plus jeunes.
Chez les personnes dites « fragiles « ou « malades », il convient d’adapter la prise en charge dans l’objectif d’améliorer leur qualité de vie et d’éviter la iatrogénie. Cela consiste en priorité à limiter le risque d’hypoglycémie sévère, souvent majoré par des troubles cognitifs, une dénutrition ou une fonction rénale dégradée.

La stratégie de prise en charge se concentre alors sur plusieurs points :

- Lutter contre la dénutrition : il faut préférer aux restrictions alimentaires des règles hygiéno-diététiques simples comme l’adaptation des menus aux goûts de la personne même si cela inclut la consommation de produits sucrés de façon plus fréquente (mais pas systématique). En effet, le goût sucré est souvent celui qui persiste le plus chez les personnes très âgées donc ce sont ces produits pour lesquels ils ont le plus d’appétence.
- Définir des objectifs glycémiques et d'hémoglobine glyquée raisonnables :
        o Pour les personnes âgées dites « fragiles », une cible d’HbA1c inférieure ou égale à 8 % est recommandée.
o Pour les personnes âgées dites « malades », la priorité est d’éviter les complications aiguës liées au diabète (déshydratation, coma hyperosmolaire) et les hypoglycémies ; des glycémies capillaires préprandiales comprises entre 1 et 2 g/l et/ou un taux d’HbA1c inférieur à 9 % sont recommandés.
- Adapter les traitements médicamenteux afin de limiter le risque d’hypoglycémie. Il convient également de prendre en compte la fonction rénale du patient et son état de dénutrition. L’HAS a édité des recommandations pour la stratégie de prise en charge médicamenteuse du patient âgé :
o La metformine et les sulfamides hypoglycémiants doivent être utilisés avec précaution et doivent être arrêtés en cas d’insuffisance  rénale, cardiaque ou hépatique sévère.
o Lorsque les comprimés ne peuvent pas être utilisés, une insulinothérapie est recommandée si nécessaire mais doit être adaptée en fonctions des objectifs glycémiques du patient.
o L’utilisation des analogues du GLP-1 (Victoza, Trulicity, Ozempic) n’est actuellement pas recommandée chez les personnes âgées du fait d’un manque d’étude clinique.
- Dépister et limiter l’aggravation des complications liées au diabète

Dans cette prise en charge, la famille joue un rôle fondamental car elle est non seulement le lien entre le patient et le médecin mais elle en est également le pilier :

 

- Elle connait les goûts du patient pour adapter ses menus
- Elle peut donner l’alerte en cas de déséquilibre glycémique, en cas d’altération de l’état général, de la mauvaise prise des traitements etc….
- Elle participe au bien-être de la personne âgée
- Elle gère parfois le quotidien à la maison : prise des médicaments, soins corporels, etc…

En conclusion, il est important que la famille soit inclue dans la prise en charge par le biais d’information et d’éducation thérapeutique.