Article mis en ligne par le Dr Nelly MORTINIERA
Tiré de l’article des Pr B. Bauduceau, B. Wyplosz et A. Sultan publié dans Diabétologie Pratique N°72 d’octobre 2019

 

Introduction :

La vaccination est un des plus grands succès du 20ième siècle en matière de santé publique. On a pu par ce biais sauver des millions de vies. En France, grâce à la vaccination, on a réussi à enrayer les épidémies de nombreuses maladies infectieuses telles que la variole, la peste…
Les patients diabétiques présentent un risque élevé d’infections. En général il s’agit d’infections au niveau du pied. Mais les infections respiratoires représentent, dans cette population, les affections les plus fréquentes et les plus importantes, en particulier : la grippe, les infections à pneumocoque et le zona. La prévalence élevée de ces maladies pourraient être moins importante car il existe des vaccins pour mieux contrôler leur impact. Il est nécessaire de prendre en charge les patients diabétiques car ils sont à risque de complications graves du fait de ces maladies car ils sont considérés comme une population fragile par les autres soucis de santé associés à leur diabète.

 

Existe-t-il un intérêt à vacciner les patients diabétiques ? 1

 

Grippe, pneumocoque et diabète : Liaisons dangereuses !

La grippe chez les diabétiques augmente le taux de complications, d’hospitalisations et de mortalité.
Les infections à pneumocoque vont être responsables d’affections non invasives telles que la sinusite, les otites ou de situations beaucoup plus graves en particulier la méningite ou la septicémie à pneumocoque. Il existe une synergie entre la grippe et les infections à pneumocoque. En effet la grippe va fragiliser la muqueuse respiratoire et favoriser l’infestation par le pneumocoque. Le risque de faire une infection grave à pneumocoque est ainsi 2 fois plus élevée chez le diabétique. La présence d’autres soucis de santé telle que des complications cardiaques, respiratoires, rénales, l’obésité, etc…va augmenter le risque d’infection à pneumocoque chez le diabétique avec une mortalité élevée.

 

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Y a-t-il un intérêt à vacciner nos diabétiques ?

Il faut retenir que chez le diabétique, le risque d’hospitalisation pour la grippe, et le risque de contracter une infection grave à pneumocoque sont multipliés par 2. Le risque d’avoir un zona lui, est multiplié par 3. Alors que nous savons aujourd’hui que : le vaccin contre la grippe réduit les hospitalisations pour grippe de 25%, pour crise cardiaque de 30%, pour insuffisance cardiaque de 22% et la mortalité de 24%. Le vaccin contre le pneumocoque, lui, va réduire les pneumonies graves de 76% et le vaccin contre le zona va réduire son apparition chez le diabétique de 51%.

 

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Quelle couverture vaccinale actuelle ?

Malgré toutes ces certitudes et ces connaissances, la couverture vaccinale en France reste encore insuffisante. En effet, en particulier chez les diabétiques on note une faible protection par le vaccin.
En ce qui concerne le vaccin contre la grippe : chez les diabétiques de moins de 65 ans, la couverture vaccinale ne représente que 30% de ces patients, et pour ceux, âgés de plus de 65 ans elle se situe autour des 60%. Ce sont préférentiellement les hommes diabétiques qui se soumettent à la vaccination contre la grippe, les diabétiques sous insuline, ceux qui consultent plus de 5 fois par an leur médecin traitant et qui ont plusieurs ALD pour des maladies chroniques associées : en résumé les diabétiques les plus fragiles se soumettent volontiers à la vaccination !

Pour le vaccin contre le pneumocoque : les chiffres de couverture vaccinale chez le diabétique ne sont pas bien connus en France. Ils semblent représenter moins de 30% de la population générale protégée contre le pneumocoque.

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Quelles sont les freins à la vaccination chez nos diabétiques ?

Les freins à la vaccination chez le diabétique sont multiples et variés, et ce malgré un risque infectieux élevé et une sévérité plus importante des affections accessibles à la vaccination. Parmi ces freins on distingue :

Les freins médicaux :
Une étude réalisée auprès des médecins généralistes a mis en évidence plusieurs types de freins qui sont : le défaut de conviction dans l’intérêt de la vaccination, le manque de confiance vis-à-vis des messages émanant du ministère de la santé, la méconnaissance et la crainte des effets secondaires et surtout le recours à des moyens de prévention homéopathiques.

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Les freins paramédicaux :

Seulement 40 % des IDE libéraux et 20 % des IDE hospitaliers sont vaccinés contre la grippe alors que la grippe est considérée comme une maladie grave par 80 % des IDE interrogés. Les freins évoqués sont : l’efficacité seulement partielle de la vaccination, le risque d’effets secondaires considérés comme sérieux et la possibilité d’utiliser d’autres moyens de prévention. Enfin, seuls 45% des infirmiers considèrent que se faire vacciner relève de leur responsabilité professionnelle.

 

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Les freins des patients diabétiques et de leur entourage :
Sont essentiellement le fait qu’ils ne se sentent pas à risque de contracter le virus de la grippe, les effets secondaires des vaccins, souvent l’impression de l’absence d’efficacité des vaccins.

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Calendrier vaccinal

Il s’agit du référentiel élaboré par le groupe de réflexion de la Société Francophone du Diabète pour faire de la vaccination un moyen simple de diminuer efficacement la morbi-mortalité des patients diabétiques.

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Conclusion :

Le risque infectieux est bel et bien présent chez le diabétique. Il est même plus important du fait de la fragilité de ces patients par la présence d’autres soucis de santé associés. Il faut s’en préoccuper car il existe une certaine sévérité pour des maladies accessibles à la prévention par la vaccination. Oui ! il faut vacciner les diabétiques pour éviter la surmortalité de cette population de patients. Mais pour cela l’information et la formation des personnels soignants, des diabétiques et de leur entourage est un préalable plus que nécessaire.

 

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