Selon l’article « Insulines basales hebdomadaires : déjà une réalité ? » de L. Meyer et L. Kessler, paru dans Correspondances en MHDN de mars-avril 2022.
Mis en ligne par le Dr A. Fabre

Insulines basales hebdomadaires : où en sommes-nous ? 1

 

Au cours des dernières années, nous avons pu assister à une avancée considérable dans le traitement du diabète avec notamment l’avènement des nouvelles technologies.

Mais en parallèle, les progrès ne sont pas en reste en ce qui concerne l’insulinothérapie avec le développement des analogues ultrarapides et ultralents de l’insuline.

L’arrivée d’insulines d’action hebdomadaire pourrait constituer une révolution dans la prise en charge des patients diabétiques.

En effet, l’adhésion thérapeutique à l’administration quotidienne d’insuline est souvent un challenge, dans un contexte de maladie chronique. L’utilisation d’une insuline basale hebdomadaire pourrait favoriser l’adhésion au traitement et permettre une amélioration de la qualité de vie.

Actuellement, plusieurs insulines basales hebdomadaires sont en cours de développement clinique avec différentes approches technologiques afin de ralentir l’absorption ou de prolonger l’action biologique des insulines basales.

Parmi les différentes molécules en cours de développement, 2 insulines hebdomadaires sont plus particulièrement avancées dans leur développement : l’insuline basale Fc (BIF) et l’insuline icodec.

L’insuline basale Fc (BIF) :

Il s’agit d’un agoniste du récepteur de l’insuline avec une grande sélectivité pour le récepteur à l’IGF1, sa demi-vie est de 17 jours, avec une grande stabilité pharmacocinétique. Elle a fait l’objet d’essais cliniques de phase II dont les résultats ont été récemment présentés à différents congrès européens et américains.

Dans l’une de ces études, l’utilisation de cette insuline basale hebdomadaire a été considérée comme non inférieure à l’insuline dégludec sur la diminution de l’HbA1c chez des patients diabétiques de type 2 sous traitement mixte, avec des épisodes hypoglycémiques moins fréquents et une bonne tolérance générale.

Une autre étude avec une mesure continue de glucose a montré une variabilité intrajournalière significativement plus faible avec BIF qu’avec l’insuline dégludec pour des temps passés dans la cible similaires.

Devant ces résultats encourageants, 5 études mondiales de phase III vont être initiées en 2022.

L’insuline hebdomadaire icodec :

Il s’agit d’un analogue lent d’insuline à administration sous-cutanée hebdomadaire. Une étude de phase II multicentrique prospective randomisée en double aveugle a comparé l’efficacité et la sécurité de l’administration d’icodec versus une injection quotidienne d’insuline glargine U100 chez des patients diabétiques de type 2 jamais insuliné. Dans le groupe icodec, l’HbA1c a diminué (passant de 8.09% à 6.69%) sans différence significative par rapport au groupe glargine. Les données de sécurité retrouvaient : des réactions au site d’injection chez 5 patients (versus 3 dans le groupe glargine). Les événements hypoglycémiques ont été plus fréquents dans le groupe icodec, avec un nombre comparable d’hypoglycémies nocturnes dans les 2 groupes.

Insulines basales hebdomadaires : où en sommes-nous ? 2

 

Perspectives d’utilisation :

Les patients chez qui l’utilisation de ces insulines semble la plus adaptée sont les patients diabétiques de type 2 dont l’objectif glycémique n’est pas atteint malgré un traitement par antidiabétiques oraux et injectables maximal.

Pour le moment, un tel traitement n’est pas envisagé chez le patient diabétique de type 1 du fait d’une variabilité glycémique au quotidien beaucoup plus importante chez les DT1.

De plus, il persiste de nombreux questionnements pratiques concernant l’utilisation de ces insulines : quelle dose faut-il recommander à l’initiation du traitement ? Quelle est la titration à proposer ? Comment éviter les hypoglycémies ? Quelles sont les contre-indications à leur utilisation ?

Ainsi, le développement d’insulines basales hebdomadaires serait une nouvelle avancée dans le traitement des patients diabétiques, notamment chez les patients diabétiques de type 2. Il existe encore de nombreux questionnements quant à son utilisation, et des études sont en cours pour vérifier la sécurité et l’efficacité d’un tel traitement.