LES PERTURBATEURS ENDOCRINIENS

Mis en ligne par le Dr Céline EID, d’après les communications du Pr Patrick Fenichel aux journées Gueritée de 2012 et 2014, l’article du Pr Nicolas Chevalier paru dans « Diabète et Obésité » en décembre 2017 et le site de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

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Le concept de perturbateurs endocriniens est né dans les années 90 à la suite d’observations faites dans la faune et dans l’espèce humaine en rapport avec l’usage intensif de pesticides dans l’agriculture. Selon  l’Organisation mondiale de la santé, « un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange exogène, possédant  des propriétés susceptibles d’induire une perturbation endocrinienne dans un organisme intact, chez ses descendants ou au sein de sous-populations ». Il s’agit donc de substances chimiques naturelles ou de synthèse capables d’interférer avec le fonctionnement des glandes endocrines, à l’origine de la sécrétion des hormones, avec pour conséquence un effet délétère pour la santé de l’individu ou de sa descendance.

Les sources d’exposition sont multiples et l’on distingue plusieurs grandes familles de perturbateurs endocriniens :

  • Les substances naturelles retrouvées dans l’alimentation comme les additifs : phytoestrogènes, isoflavonoïdes, lignanes (présents dans le soja et la luzerne)
  • Les produits cosmétiques
  • Les surfactants, les conservateurs
  • Les solvants industriels et leurs déchets (chlorobiphényls ou PCB, dioxines)
  • Les plastiques (comme le bisphénol A), les contenants et emballages plastique
  • Les plastifiants (comme les phtalates)
  • Les pesticides, insecticides, fongicides

D’autres molécules à usage pharmacologique : hormones synthétiques telles le diéthylstilbestrol

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Le diéthylstilbestrol (Distilbène®) est à la base des hypothèses concernant le rôle de l’exposition foetale aux perturbateurs endocriniens oestrogénomimétiques sur la survenue à distance de pathologies et sur leur éventuelle transmission transgénérationnelle. Ainsi, cette molécule prescrite dans les années 1950 à 1975 chez les femmes enceintes dans le but de limiter le risque de fausse couche est à l’origine d’un risque accru de malformations génitales, d’hypofertilité, de cancers cervico-vaginaux et du sein chez les filles de mères traitées pendant leur grossesse. Dès 2002, des malformations génitales sont rapportées chez les petits-fils de grands-mères traitées par Distilbène®.

 

 

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Les perturbateurs endocriniens agissent à divers niveaux. Ils peuvent soit mimer l’action d’une hormone naturelle, soit bloquer l’action de celle-ci au niveau de son récepteur et empêcher la transmission du signal hormonal, soit perturber la production ou la régulation des hormones ou de leurs récepteurs.

 

 

 

 

L’exposition aux perturbateurs endocriniens existe à très faibles doses pour la population générale, ce qui rend son estimation difficile. En revanche, on peut les retrouver à des taux non négligeables dans le tissu graisseux alors qu’ils pénètrent l’organisme via différents modes de contamination. Ils peuvent être ingérés (eau de boisson par exemple, emballage des denrées alimentaires, résidus de pesticides dans les céréales et végétaux…), inhalés (pesticides, solvants…) ou passer la barrière cutanée (cosmétiques, parabènes…).

Plusieurs études expérimentales réalisées chez l’animal ont permis d’appréhender les effets des perturbateurs endocriniens. Toutefois elles soulèvent dans de nombreux cas la question de l’extrapolation des résultats  à l’espèce humaine, notamment pour des expositions à des faibles concentrations et dans des périodes critiques du développement (gestation, lactation, puberté).

Ainsi des études réalisées in vitro et chez l’animal et plusieurs études épidémiologiques suggèrent que l’exposition au bisphénol A jouerait un rôle dans l’obésité, l’insulinorésistance, le syndrome métabolique et le diabète de type 2. Les perturbateurs endocriniens, via leur action oestrogénique ou anti-androgénique, sont aussi suspectés d’avoir des effets sur la reproduction, induisant notamment des anomalies du développement du tractus génital, une baisse de la qualité du sperme et une hypofertilité masculine.  Ils favoriseraient d’autre part la survenue de cancers hormono-dépendants tels que le cancer du sein ou de la prostate et favoriseraient le cancer du testicule. Il a ainsi été constaté aux Etats-Unis 6 fois plus de cancer du testicule chez les ouvriers agricoles exposés à un pesticide organochloré, l’atrazine. L’incidence du cancer du sein est en augmentation régulière avec une grande disparité entre les zones à forte incidence comme l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Australie et les zones de faible incidence comme l’Asie ou l’Afrique, suggérant le rôle de facteurs environnementaux nutritionnels ou toxiques.

De nombreuses données suggèrent un rôle des œstrogènes et xénoestrogènes dans la formation du système nerveux. Une exposition précoce à des perturbateurs endocriniens à action oestrogénique pourrait donc avoir des conséquences délétères sur le développement psychomoteur et être impliquée dans l’autisme et la démence.

Enfin, certaines molécules peuvent perturber le fonctionnement thyroïdien en modulant de façon modérée les taux de T3 et T4 sans impacter le taux de TSH.

Le cadre réglementaire des substances chimiques est régi par le règlement REACH qui s’applique dans tous les États membres de l’Union européenne. Il prévoit que les substances possédant des propriétés perturbant le système endocrinien et présentant un niveau de préoccupation équivalent aux substances CMR (cancérigène – mutagène – toxique pour la reproduction) puissent être identifiées comme des substances extrêmement préoccupantes et être inscrites sur la liste des substances soumises à autorisation. Les Etats membres dont la France évalueront 300 substances phytopharmaceutiques d’ici 2025 et 100 substances biocides d’ici 2024.

En France, le ministère des Affaires sociales et de la Santé et le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie se sont engagés, lors de la conférence environnementale de septembre 2012, à définir une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens. Cette stratégie a été adoptée par le gouvernement en avril 2014 et intégrée au 3ème Plan national santé-environnement (PNSE 3). Pour exemple, le bisphénol A, qui avait déjà été retiré de la composition des biberons en 2011, est interdit depuis le 1er janvier 2015 dans tout conditionnement, contenant ou ustensile destiné à entrer en contact direct avec les denrées alimentaires (loi n°2012-1442 du 24/12/12).

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En conclusion, les perturbateurs endocriniens, de part leur ubiquité dans l’environnement, leurs effets potentiels sur la santé et leurs possibles effets transgénérationnels constituent un véritable enjeu de santé publique en France et dans le monde. Aussi la sensibilisation des professionnels de santé, industriels, politiques et populations au rôle de l’environnement sur la santé apparaît-elle essentielle pour prévenir et limiter l’exposition à ces substances en particulier dans les périodes à risque telles que la grossesse, la petite enfance et la puberté.