TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE CHEZ LA PERSONNE DIABÉTIQUE DE TYPE 1 1

La prévalence des troubles du comportement alimentaire est plus importante chez les patients diabétiques de type 1 que dans la population générale.

Il est important d’être vigilants et de savoir reconnaître les signes devant lesquels les suspecter.

Troubles du comportement alimentaire (TCA):

Ils sont définis par l’existence de perturbations significatives et durables de la prise alimentaire. Ils ont des conséquences sur le plan médical général, sur le plan social et engendrent de la souffrance psychique et physique.

La classification DSM-5 de l’American Psychiatric Association retient l’existence de 3 grands TCA :
l’anorexie mentale (ou anorexia nervosa) : restriction alimentaire avec insuffisance pondérale associée à une peur intense de prendre du poids, à une faible estime de soi et à une dysmorphophobie (altération de la perception du corps)

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la boulimie (ou bulimia nervosa) : épisodes réguliers de prises alimentaires avec perte de contrôle des quantités ingérées associés à des épisodes compensatoires visant à éviter la prise de poids.
– l’accès hyperphagique ou hyperphagie boulimique (Binge-Eating Disorder) : épisodes récurrents de prises alimentaires incontrôlées sans comportement compensatoire associé.

L’étiopathogénie des TCA est encore mal connue. Ils sont d’origine multifactorielle et en lien avec des facteurs de vulnérabilité (« terrain » génétique et/ou anomalies biologiques préexistantes), des facteurs déclenchants (régimes alimentaires stricts, événements de vie majeurs, puberté et œstrogènes) et des facteurs d’entretien (déséquilibres biologiques induits par le trouble, bénéfices relationnels vis-à-vis de l’environnement, « bénéfices » psychologiques).

Un cas particulier : DIABOULIMIE

Contraction des mots « diabète » et « boulimie », ce néologisme décrit un TCA retrouvé spécifiquement chez le patient diabétique et qui se caractérise par le sous dosage volontaire ou l’absence de réalisation de dose d’insuline dans un but de contrôle pondéral.

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En effet, la carence en insuline et l’hyperglycémie qui en résulte induisent une glycosurie et une activation du catabolisme.

On estime que de 6 à 7 % des gens atteints de DT1 souffrent de diaboulimie. La prévalence est plus élevée chez les jeunes de 15 à 30 ans, particulièrement chez les femmes, avec de 10 à 40 % des adolescentes et jeunes femmes DT1 concernées.

TCA et DT1

La prévalence de l’anorexie mentale chez les patients DT1 est comparable à celle de la population générale (de 0,3 à 1,5 %), celle de la boulimie semble être un peu plus élevée (de 1 à 2 %), tandis que les TCA atypiques ou non spécifiés seraient de deux à trois fois plus fréquents que dans la population générale (de 4 à 8 %), et bien plus encore si l’on inclut l’ensemble des comportements pathologiques visant à la maîtrise du poids (vomissements, utilisation de laxatifs ou de diurétiques, régimes restrictifs, périodes de jeûne, activité physique excessive, excès alimentaires après hypoglycémie…).

Quelles sont les conséquences ?

L’association du diabète et des troubles du comportement alimentaire, du fait d’un déséquilibre glycémique aigu ou chronique et d’une grande variabilité glycémique, augmente le risque de décompensations acido-cétosiques, et entraîne un risque de complications micro et macroangiopathiques plus précoces et plus sévères.

Il en résulte donc une augmentation de la morbi-mortalité.

Quels sont les facteurs de risque ?

Facteurs personnels généraux :

  • Sexe Féminin
  • Surpoids/Obésité
  • Pressions socio-culturelles
  • Facteurs familiaux
  • Trait de personnalité perfectionniste
  • Mauvaise estime de soi
  • Facteurs psychologiques, anxiété, dépression

 

Facteurs spécifiques liés au diabète et à son traitement :

  • Perte de poids au diagnostic et reprise lors de l’instauration de l’insuline
  • Règles hygiéno-diététiques
  • Retentissement psychologique de la maladie chronique
  • Insulinothérapie fonctionnelle / compte des glucides avec nécessité d’un contrôle de l’alimentation
  • Les hypoglycémies ou la peur des hypoglycémies entraînant un mésusage de l’insuline ou des resucrages inadaptés (parfois même réelles crises d’hyperphagie)

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Comment les suspecter / les reconnaître ?

Les éléments cliniques devant faire rechercher un TCA chez un patient diabétique de type 1 sont les suivants :

  • Déséquilibre glycémique chronique
  • Hospitalisations itératives pour acido cétose sans facteurs explicatifs
  • Perte de poids ou fluctuations pondérales importantes
  • Complications précoces du diabète
  • Vécu difficile de la maladie avec anxiété, dépression
  • Difficultés d’adhésion aux soins

 

Un questionnaire a été développé pour aider au dépistage de ces troubles. Il s’agit du questionnaire SCOFF qui comprend 5 questions :

1/ Vous êtes-vous déjà fait vomir parce que vous ne vous sentiez pas bien « l’estomac plein » ?
2/ Craignez-vous d’avoir perdu le contrôle des quantités que vous mangez ?
3/ Avez-vous récemment perdu plus de 6kg en moins de trois mois ?
4/ Pensez-vous que vous êtes trop gros alors que les autres vous considèrent comme trop mince ?
5/ Diriez-vous que la nourriture est quelque chose qui occupe une place dominante dans votre vie ?

Au moins 2 réponses positives sont hautement prédictives de l’existence d’un TCA .

Pour les patients diabétiques de type 1, une variante de ce questionnaire a été proposée en remplaçant la dernière question par « Avez-vous déjà pris moins d’insuline que vous n’auriez dû ? » mais celui-ci n’a pas été validé.

Comment les traiter ?

Nécessité d’une prise en charge pluridisciplinaire avec prise en charge nutritionnelle, psychologiques, diabétologique.

Un suivi médical régulier et rapproché semble nécessaire dans la gestion de ces 2 pathologies.

 

AU TOTAL : 

Il existe une prévalence élevée des troubles du comportement alimentaire chez les patients diabétiques de type 1, notamment la diaboulimie qui consiste en une omission ou un sous dosage volontaire des doses d’insuline dans une volonté de perte pondérale.

Il est indispensable de les rechercher et de mettre en place un suivi rapproché et pluri disciplinaire pour éviter la survenue des complications.

 

Mis en ligne par le Dr Alexia Fabre
Selon l’article « Troubles  du comportement alimentaire et diabète de type 1 – Quand et pourquoi y penser ? » parut dans Diabétologie Pratique en décembre 2021 »
Et l’article  « Conduites alimentaires : la diaboulimie de l’adolescente » du Pr Darmon dans Le Quotidien du Médecin N°9688